Image étude linéaire Baccalauréat
Manon Lescaut la prison de Saint Lazare Etude Linéaire

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Etude linéaire « Cette connaissance… » à « …plus violentes passions. » Extrait de Manon Lescaut de l’Abbé Prévost, 1731.

Plan:

1 er mouvement: La réflexion personnelle du Chevalier l. 1 à l.13

2 ème mouvement: Une justification du libertinage l.13 à la fin

Le XVIII ème siècle a eu la passion des idées. Après des années d’absolutisme, le pouvoir des rois et l’Ancien régime seront redéfinis. La société d’ordres (tiers état, séculier, noble) n’a plus lieu d’être. Sans parler d’opportunisme, l’époque -en particulier la fin du XVIII ème- sera celle des changements de carrière et des retournements de veste. Avec une légèreté de ton encore jamais expérimentée en littérature, le mouvement philosophique du libertinage sera l’un des exemples de la fissure de l’Ancien Régime. L’un des romans les plus emblématiques du mouvement sera L’Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut rédigé en 1731 par l’Abbé Prévost. En effet, l’ouvrage traite de l’histoire passionnelle du Chevalier des Grieux, noble de son état, et de Manon Lescaut, une libertine qui lui fera accomplir les pires actions. Dans ce roman de la passion et du risque, l’auteur nous donne ici l’un des premiers exemples de l’anti-héros et de ses malheurs. En effet, nombreux malheurs attendent les amants infortunés, particulièrement dans l’extrait qui nous intéresse, situé à la moitié du roman. A ce moment là du roman, le Chevalier des Grieux est emprisonné à la prison Saint Lazare. C’est son père qui vient de l’y amener, après un comportement qu’il juge indigne de son fils. Dans sa cellule, le Chevalier se prend à réfléchir aux passions qui l’animent. Comment ce monologue intérieur nous permet-il d’entrevoir toutes les justifications du libertinage? Afin de répondre à ce projet de lecture, nous analyserons le texte en deux mouvements. Le premier verra la réflexion personnelle du Chevalier, alors que le second verra une justification du libertinage que le Chevalier se persuade d’adopter.

1 er mouvement: La réflexion personnelle du Chevalier

  • Le premier pronom démonstratif « Cette » est ici un déictique. Cela signifie qu’on ne peut connaître ce qu’il désigne sans connaître la situation d’énonciation: qui parle et où en est l’action. Ici, le pronom désigne l’entretien que le Chevalier vient d’avoir avec son père alors que le vieil homme accompagne son fils à Saint-Lazare, en prison. C’est pour cette raison que le Chevalier est particulièrement contrarié dans la suite du texte.
  • Le passé simple « fut » nous montre que les actions s’enchaînent les unes après les autres. L’usage du superlatif « le plus » nous permet de dire que le Chevalier est très affecté par la nouvelle. Néanmoins, ce superlatif peut aussi être vu comme de façon hyperbolique.
  • La métaphore « ruisseau de larmes » de la ligne 2 est étonnante: on aurait attendu « torrent de larmes ». Cet usage de cette image rappelle la naïveté du Chevalier, sa jeunesse.
  • La ligne 3 se poursuit sur le description des tourments du Chevalier au moyen de la circonstancielle de manière débutant par « avec toutes… désespoir ».
  • Le passage à l’imparfait nous replace dans les pensées du Chevalier. Le lecteur assiste à son introspection. L’usage de la négation montre l’impossibilité du Chevalier de « se consoler ». La subordonnée relative « qui allait me rendre la fable de toutes les personnes de ma connaissance » complète le nom « humiliation » et a fonction épithète. La reprise du terme connaissance fait écho au terme de la ligne 1.
  • Le complément du nom « de ma famille » poursuit la même idée et complète lui aussi le terme « humiliation ».
  • Le verbe « passai » est de nouveau au passé simple, ce qui nous replonge dans l’action de premier plan. Le Chevalier utilise à nouveau le superlatif « le plus profond » pour parler de son « abattement ». L’adjectif attribut « capable de rien » complète le verbe « être » et parle de façon générale de tout ce que n’a pas pu faire le Chevalier pendant ce temps.
  • La négation « ni de … opprobe » désigne à nouveau les manquements du Chevalier. L’opprobe désigne la défense que le Chevalier doit préparer avant son jugement. Cette façon de dire qu’il est incapable de préparer sa défense montre à quel point il se sent destiné à perdre, à quel point il ne pense pas avoir le moindre espoir.
  • L’imparfait nous replonge dans le souvenir de Manon. La métaphore du souvenir qui « n’ajoutait rien » montre que Manon est vivante pour le Chevalier. Le COI « à ma douleur » rend le mal général, total.
  • L’adverbe « du moins » modalise la proposition suivante qui débute par le présentatif « Il ». Le Chevalier utilise la comparaison « comme un sentiment » complétée par une subordonnée relative « qui avait précédé cette nouvelle peine ».
  • Le complément de l’adjectif « dominante » vise le Chevalier, il s’agit « de » son « âme ». Les deux attributs « honte » et « confusion » règnent dans le coeur du Chevalier.

2 ème mouvement: Une justification du libertinage l.13 à la fin

  • Le Chevalier utilise ensuite le présent de vérité générale dans « Il y a peu » et « connaissent », donnant un aspect très restreint à son mal qui ne concerne que « peu de personnes ». Le jeune homme utilise l’euphémisme « mouvements particuliers du coeur » pour parler de la grande tristesse qui l’afflige.
  • Le Chevalier continue ses réflexions sur la vie et les douleurs dans la proposition suivante, elle aussi au présent de vérité générale. Il considère que « cinq ou six » est le nombre de « passions » qu’un homme peut connaître. Le pronom « que » nous indique que le Chevalier se sent supérieur aux autres, car il est en prise à un nombre bien plus important de passions.
  • Le complément circonstanciel de lieu « dans le cercle desquelles leur vie se passe » rappelle de façon métaphorique aux cercles de l’Enfer de Dante.
  • Le second complément circonstanciel « et où toutes leurs agitations se réduisent » est aussi une métaphore qui contraint l’espace dans lequel les hommes inférieurs au Chevalier peuvent exprimer leur tristesse.
  • Le Chevalier apostrophe ensuite le lecteur, dans un dialogue fictif avec celui-ci: « Otez-leur ». Les trois couples de COD antithétiques « l’amour et la haine, le plaisir et la douleur, l’espérance et la crainte » permettent un rythme ternaire qui rappelle la rhétorique qui s’abat sur la dernière proposition « ils ne sentent plus rien ». L’adverbe de négation « rien » qui termine cette proposition est ainsi mis en valeur.
  • La proposition suivante débute par une conjonction de coordination à valeur d’opposition « Mais ». Le Chevalier se considère comme ces personnes « plus nobles » dont il parle, celles qui peuvent « être remuées » de « mille façons ». On remarque qu’il emploie l’hyperbole pour montrer l’étendue des sentiments qui peuvent le toucher.
  • Toujours au moyen de l’indéfini « il semble », le Chevalier se pense au-dessus des hommes, presque surhumain. Il aurait « plus de cinq sens ».
  • Le jeune homme se rapproche du délire et montre qu’il n’a rien compris aux conséquences de ses actes. Rappelons qu’il est en prison, après que justement cette vie pleine « d’idées » et de « sensations qui passent les bornes ordinaires de la nature » l’ait amené dans les affres les plus profondes.
  • Le Chevalier se présente à nouveau comme un être sensible, en marge. Il pense qu’il est « au dessus du vulgaire ».
  • C’est comme cela qu’il explique, qu’il justifie sa souffrance au moyen de deux adverbes « si impatiemment » qui rappelle « le mépris et la risée » dont le Chevalier parlait plus haut.
  • Le Chevalier termine cette introspection qui a pris un tour didactique toujours au présent de vérité générale. Il utilise le superlatif « plus violentes » et termine par le terme « passions », qui clôt son discours.

Dans sa cellule, le Chevalier des Grieux se met à penser à sa vie avec Manon. Si notre héros tente de se persuader seul, l’Abbé Prévost en profite pour nous livrer ici une justification du libertinage qui sera la raison des mésaventures du Chevalier et de Manon. D’ailleurs, cette dernière ne quitte pas les pensées du Chevalier, et ce passage peut aussi se voir comme une réflexion lyrique sur l’amour que ce dernier lui porte. Comme cette introspection place l’énonciation dans un cadre restreint, ce passage peut être rapproché de certaines lettres des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, tout particulièrement celle dans laquelle la Marquise de Merteuil justifie son libertinage.

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