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Les Fourberies de Scapin étude linéaire

Les Fourberies de Scapin étude linéaire

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Etude linéaire de « Ne saurais-tu trouver.. » à « …vonne hure. » Scène 2 de l’acte III de Les Fourberies de Scapin de Molière, 1671.

Plan détaillé:

1er Mouvement: La supplication de Géronte (l 1 à « quand je l’aurai un peu usé »)

2 ème Mouvement: La mise en place de la ruse de Scapin (jusqu’à « qui vous cherche »)

3 ème Mouvement: Le spectacle de Scapin (jusqu’à la fin).

Le XVII ème siècle est celui du théâtre en France. C’est en s’inspirant de la comedia dell’arte – genre nouveau venant d’Italie- que les auteurs vont donner un souffle nouveau sur le théâtre français. Parmi eux, Molière, l’auteur favori du roi Louis XIV, sera celui qui s’inspirera le plus de ces types de comédiens: les valets, les maîtres, les belles jeunes filles trouveront tous et toutes leurs places dans ses pièces. De nombreuses comédies antiques, la farce et la commedia dell’arte ont inspiré Les Fourberies de Scapin, la comédie en trois actes de Molière, représentée en 1671, et, en particulier le type du « zanni », le valet rusé et débrouillard. C’est Scapin, qui va ainsi aider les jeunes gens amoureux, Octave et Léandre contre leur pères abusifs Argan et Géronte. Dans la scène 2 de l’Acte III, non loin du dénouement, Scapin a fait croire à Géronte, dont il veut se venger des mauvais traitements qu’il a subis de sa part, qu’on le cherche pour le tuer, et va le persuader de se cacher dans un sac. En quoi le jeu du valet va-t-il produire une scène particulièrement jubilatoire ? Afin de répondre à ce projet de lecture, nous analyserons ce texte en trois mouvements. Le premier mouvement montrera la supplication de Géronte qui demandera de l’aide à Scapin, le deuxième mouvement montrera la mise en place de la ruse de ce dernier. Enfin, le troisième mouvement montrera le spectacle que nous donnera à voir Scapin, dans une scène dans la scène, une mise en abyme de sa composition.

1er Mouvement: La supplication de Géronte (l 1 à « quand je l’aurai un peu usé »)

  • Le passage commence par une réplique de Géronte qui requiert, dans une interrogative  totale au conditionnel, l’aide de son valet. « Ne saurais-tu trouver quelque moyen pour me tirer de peine ? ». Scapin incarne donc ici le type traditionnel du rusé capable de sortir son maître de toutes les situations.
  • Sa réponse est positive à la ligne 2: « J’en imagine bien un », mais il évoque également dans un conditionnel, en insistant par le pronom « moi », les représailles qu’il pourrait subir, la violence qu’il peut rencontrer : « je courrais risque, moi, de me faire assommer ».
  • Cela n’impressionne pas son maître dont Molière suggère, par l’usage des deux impératifs de prière et d’une négation, la lâcheté et l’incapacité à affronter une situation de danger : « Eh, Scapin, montre-toi serviteur zélé. Ne m’abandonne pas, je te prie », ce qui relève du comique de caractère.
  • Le « serviteur zélé » (qui s’acquitte de son travail avec conscience, ardeur et empressement), dans cette société de l’Ancien Régime, doit servir son maître au péril même de sa vie. La réponse de Scapin à la ligne 4: « Je le veux bien » – est pleine d’ironie : « J’ai une tendresse pour vous qui ne saurait souffrir que je vous laisse sans secours ». Personne ne peut croire à l’amour du valet pour le maître égoïste, sauf le personnage de Géronte, parce qu’il manque de bon sens
  • Ce dernier poursuit dans la ligne suivante: « Tu en seras récompensé, je t’assure ; et je te promets cet habit-ci ». La phrase se termine par un effet comique induit par la conditionnelle de temps qui souligne son avarice: « quand je l’aurais un peu usé ».

2 ème Mouvement: La mise en place de la ruse de Scapin (jusqu’à « qui vous cherche »)

  • Le deuxième mouvement de l’extrait commence par un impératif : « Attendez », au début de la réplique de Scapin, qui joue un double rôle: celui de faire durer la situation, d’installer un suspens qui impatiente également le personnage de Géronte et le spectateur.
  • Scapin prescrit les ingrédients de la farce : cela commence par un présentatif qui actualise et rend plus vivante la situation : « Voici une affaire que je me suis trouvée fort à propos pour vous sauver ». Puis il utilise la forme impersonnelle, comme s’il s’agissait d’une obligation extérieure : « il faut que vous vous mettiez dans ce sac ».
  • La réplique est interrompue par l’aposiopèse (…) et l’interjection effrayée de Géronte « croyant voir quelqu’un », ce qui est signalé dans la didascalie, L’exclamation « Ah !… » est polysémique et contribue au comique de situation ; l’interruption ajoute du piment et implique un jeu de scène: Scapin peut avoir peur d’avoir été découvert.
  • Scapin reprend la présentation de son plan en commençant par repousser les frayeurs du maître : « non, non, non, ce n’est personne ». Molière utilise des procédés d’insistance et de répétition : « Il faut, dis-je, que vous… ».
  • Molière confère comiquement au valet des airs de sauveur, dans une dramatisation emphatique : « au travers de vos ennemis, jusque dans votre maison, où quand nous serons une fois, nous pourrons nous barricader, et envoyer quérir main-forte contre la violence ». Le personnage de Géronte est dupé.
  • Mais loin d’envisager la ruse, il en souligne l’astuce : « L’invention est bonne ».
  • Le comique est redoublé par le superlatif employé par Scapin dans la réponse : « La meilleure du monde ». C’est toujours le système de la double énonciation qui, dans la suite de la réplique : « Vous allez voir », invite le public à participer aussi à la farce. Dans la même réplique, Molière introduit la convention dramatique de l’aparté : « tu me payeras l’imposture » où se manifestent l’insolence (notamment par le tutoiement).
  • Une autre interjection de Géronte, « Eh ? » montre que la dupe n’est pas tout à fait sourde mais elle accepte le mensonge en réponse.
  • La réponse de Scapin : « Je dis que vos ennemis seront bien attrapés » permet un comique à double sens : qui sera bien attrapé ? Le spectateur sait qu’il s’agira de Géronte. Dans la même réplique, Scapin insiste sur les précautions à prendre, multipliant les impératifs et les adverbes modalisateurs : « bien jusqu’au fond ».
  • La réponse de Géronte « laissez-moi faire » est comique dans la mesure où il semble prendre l’initiative dans un impératif alors qu’il est complètement manipulé par son valet. Manipulé au sens propre comme au sens figuré, enfermé dans un sac, devenu aveugle et victime, il perd momentanément son statut de maître et se retrouve condamné à subir les règles du jeu mené par son valet.

3 ème Mouvement: Le spectacle de Scapin (jusqu’à la fin).

  • La phase finale de la ruse de Scapin débute par l’’impératif de Scapin « cachez-vous », trois syllabes percutantes mises en valeur par une coupe brutale.
  • Le rythme de la scène est encore accéléré par l’usage du présentatif par lequel Molière donne à voir: « Voici un spadassin qui vous cherche ». La réplique devient une tirade, scandée par des didascalies externes et internes.
  • Les jurons que Scapin utilisr à plusieurs reprises : « cadédis » sont un emprunt au parler gascon et participent au comique de mots. Scapin, le comédien, est aussi censé à la fois répondre à la quête du personnage qu’il invente et rappeler à Géronte, à voix basse, les précautions à observer. Les menaces du prétendu spadassin sont très violentes ; le valet se venge ainsi, verbalement déjà, du maître abusif. On peut le voir grâce à l’utilisation du champ lexical du combat « tuer », « mourir ».
  • Scapin s’apostrophe lui-même dans une périphrase : « l’homme au sac » ; il est censé être soudoyé mais y résister : « Jé té vaille un louis, et m’enseigne où put être Géronte.
  • Il reprend, avec complaisance, pour prétendument les rejeter, les injures contre Géronte : « fat, maraud, belître » et fait mine de défendre son soi-disant ami qu’il traite par antiphrase d’« homme d’honneur ».
  • La tirade se termine par une didascalie tout à fait farcesque : « il donne plusieurs coups de bâtons sur le sac ».

Dans cette scène 2 de l’acte III des Fourberies de Scapin, Molière déploie ici tout l’attirail du zanni, ce valet qui se jouera de la supériorité de son maître. Dans une fantaisie comique, Scapin, le plus célèbre des valets de Molière, se joue de Géronte, son maître. On sait que les valets seront des personnages chers au coeur de Molière, et Scapin n’est pas sans nous rappeler Toinette, son pendant féminin, dans Le Malade Imaginaire, l’ultime pièce de Molière.

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