Image étude linéaire Baccalauréat
L’ennemi Charles Baudelaire Etude linéaire

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Etude linéaire de  L’ennemi, Extrait des Fleurs du Mal, Charles Baudelaire, 1857.

Plan:

1er Mouvement: Le souvenir de Charles Baudelaire (Premier et deuxième quatrains)

2 ème Mouvement: … Pour une mort douce (Deux derniers tercets)

Le XIX ème siècle sera le siècle de la modernité. Dans un Paris toujours plus changeant, évoluent des êtres aux longues silhouettes: les dandys. Ces hommes, passionnés de plaisirs et de littérature, exercent une fascination morbide pour un autre phénomène de mode de l’époque: le fantastique. Originaire des Etats-Unis, ce nouveau genre fait la part belle aux fantômes, et place la mort au coeur des préoccupation des vivants. Charles Baudelaire, dandy rejeté par sa famille, développe en partie ce thème dans Les Fleurs du Mal, le recueil qu’il publie en 1857. Scandaleux, défrayant la chronique, cet ouvrage lui vaudra un procès farouche. Le lectorat le trouve impudique, obscène. C’est notamment dans L’ennemi que Baudelaire se montre le plus pessimiste. Dans ce sonnet en rimes croisées, l’auteur se fait prophète et nous livre une vision très sombre de l’humanité. Comment? Par quel tour de force Baudelaire réussit-il à nous conter un souvenir tout en nous livrant sa vision du monde? Afin de répondre à ce projet de lecture, nous analyserons ce texte en deux mouvements. Le premier décrira le souvenir que Charles Baudelaire nous livre à propos de sa jeunesse, tandis que le second nous laissera voir la vision très pessimiste de la vie selon Charles Baudelaire.

1er Mouvement: Le souvenir de Charles Baudelaire (Premier et deuxième quatrains)

  • L’emploi du déterminant possessif de la première personne nous renseigne sur la situation d’énonciation. L’auteur est le locuteur, qui est le personnage principal de ce poème. Le poète se réfère à son enfance dans un texte autobiographique, rétrospectif. La locution adverbiale « ne…que » forme ici une négation restrictive provoquant l’idée du vide, de quelque chose qui aurait manqué dans la jeunesse du poète. En employant le passé simple « ne fut », l’auteur se réfère à un passé reculé, sans rapport avec la situation d’énonciation. Ici la jeunesse est comparée à « un ténébreux orage » au moyen de la métaphore. Cette image montre que sa jeunesse ne fut ni une période valorisante ni gaie pour Baudelaire.
  • Dans le deuxième vers du premier quatrain, Baudelaire file la métaphore du soleil qui s’oppose à l’image de l’orage. Le soleil, terme mélioratif, est renforcé par l’adjectif « brillant » qui contraste avec la jeunesse orageuse. Les adverbes « ça et là » sont compléments circonstanciels de manière du verbe « traversé », ce qui montre l’aspect circonstanciel de cette lumière qui a brillé par intermittence.
  • Le poète poursuit sa métaphore avec l’image de la jeunesse associée aux intempéries du temps et de la pluie. La dimension péjorative et destructrice de l’orage est renforcée par la rime croisée orage/ravage ». De cette manière, Baudelaire nous montre que sa jeunesse a été secouée par des épisodes d’une telle violence qu’il en reste détruit et dévasté.
  • L’emploi de la subordonnée circonstancielle de conséquence « Qu’il reste bien peu de… » permet à l’auteur de dresser un constat pessimiste sur la vie du poète, marquée par la pauvreté et le manque grâce à l’adverbe « bien peu de ». L’emploi du déterminant possessif « mon » dans le complément circonstanciel « en mon jardin » nous ramène à la situation d’énonciation du premier vers. Ici le « jardin » est employé de manière métaphorique pour parler de la vie présente du poète. Les « fruits  vermeils », qui riment de manière croisée avec « soleil » désignent une jeunesse entrecoupées de rares moments de plénitude.
  • Le passé composé de la deuxième strophe « j’ai touché » nous montre un aspect accompli du présent: le poète a débuté une nouvelle vie depuis cette jeunesse tumultueuse. Le sens du toucher développé dans cette strophe nous renvoie à une expérience tactile et à la terre dont le lexique sera développé dans ce deuxième quatrain. Ici « l’automne des idées » fonctionne comme une double métaphore filée, qui poursuit celle de la jeunesse qui serait comparée à la saison de l’été. L’âge du poète est désormais associé à l’automne. Ainsi, sa vie est calquée sur le cycle des saisons, et l’automne est la saison de la maturité, des idées.
  • La deuxième strophe débute par une conjonction de coordination « Et » alors que « pelles » et « râteaux » renvoient à la métaphore du jardin. Le groupe prépositionnel infinitif « pour rassembler » est complément circonstanciel de but du verbe « fait employer ». Ce groupe prépositionnel exprime ici l’idée et l’impératif d’un projet, d’un travail qui préfigure une issue, un espoir, comme on peut le voir avec la locution adverbiale « à neuf ». « Les terres inondées » est un groupe nominal COD du verbe rassembler.
  • La proposition subordonnée relative « Où l’eau… » est complément du nom « terres inondées » précise la caractéristique de cette terre inondée. L’assonance en « cr », « tr«  et « gr »  rappellent l’action de creuser, d’enfoncer. Les tombeaux sont ensuite comparés à des trous, dans une nouvelle image associée à la terre qui évoque ici la mort.

2 ème Mouvement: … Pour une mort douce (Deux derniers tercets)

  • La troisième strophe débute par la locution adverbiale « qui sait » qui introduit une phrase interrogative. Le poète s’adresse à une instance impersonnelle. Il pose de cette façon une question à lui-même, et s’interroge. Dans ce premier vers de la troisième strophe, Baudelaire explore un nouveau motif: celui des les fleurs, associées à l’adjectif « nouvelles » et à la proposition subordonnée relative « que je rêve ». Ces deux compléments renforcent la dominante méliorative de ce nom. L’adjectif « nouvelles » fait écho à l’adverbe « neuf » de la l.7. L’article défini « les », fait comprendre qu’il ne s‘agit pas de n’importe quelles fleurs mais de fleurs spécifiques rêvées par le poète.
  • Le verbe « trouveront » dans le vers suivant est au futur. Nous pouvons remarquer que le verbe « trouver » a une connotation nettement méliorative qui contraste avec le sentiment de désastre de la première strophe. Ainsi, le futur fait basculer le poème vers l’avenir, un avenir moins sombre grâce à la présence des fleurs nouvelles. Le poète s’interroge sur une possibilité de renouveau. L’emploi du démonstratif « ce » spécifie qu’il s’agit de la même boue que précédemment, celle du sol inondé, susceptible de se transformer en terreau fertile. La comparaison avec le sol et la « grève » est étonnante: ce type de sol n’étant pas stérile. On retrouve l’une des nombreuses images contradictoires dont Baudelaire est friand.
  • Le terme « aliment » renvoie ici à l’engrais, élément fertile présent dans la terre. Il est complété par l’adjectif « mystique » et le déterminant défini « le ». De plus, le verbe « ferait » est au conditionnel présent, ce qui montre l’incertitude. Ainsi, le secret de ce paradoxe du vers précédent réside dans un aliment connu de l’auteur puisque défini par le déterminant « le ». Pourtant Baudelaire ne précise pas de quoi il s’agit. L’adjectif « mystique », pourrait se référer à l’alchimie et expliquerait la transformation du sol. La présence du « qui sait si » au début de la strophe et du point d’interrogation en fin de strophe laisse planer un doute quand à la réussite de cette mutation.
  • Le dernier tercet de ce poème débute par une anaphore de l’exclamatif: « Ô ». Baudelaire nous place donc dans le cadre de l’élégie. Le poète s’adresse à la douleur et la déplore. « Le Temps » (avec un T majuscule) montre que nous sommes dans l’allégorie. Le présent de vérité général du verbe « mange » nous indique bien que Baudelaire nous laisse voir une opposition classique entre le temps et la vie.
  • Le substantif « Ennemi » est complété par deux compléments qui le rendent défini. L’adjectif « obscur » accentue la dimension inquiétante de l’ennemi, rappelant le titre du poème. Le « coeur » forme ici une sorte de synecdoque qui désigne la vie mais au travers d’un organe intérieur et vital. Pour la 1ère fois le poète ne parle plus que de lui mais de l’humanité en général, victime du même mal ou ennemi.
  • La reprise du « nous » désigne ici l’humanité toute entière.« Du sang » est complément circonstanciel de cause des deux verbes suivant « croît et « se fortifie ». Ici Baudelaire nous place dans une tonalité rappelant une mort lente et douloureuse qui alimente l’ennemi qui est en nous.

Dans L’ennemi, Baudelaire montre est celui de l’homme en général et pas seulement du poète. L’ennemi pourrait être l’ennui (paronyme), synonyme du mal du siècle et source de douleur. Pour Baudelaire, la mort n’est jamais loin de la vie et d’une vie surnaturelle. Baudelaire traduira d’ailleurs en français Edgar Allan Poe, le créateur du fantastique. En effet, ce thème, ainsi que celui de l’affreux, de l’horreur, traverseront Les Fleurs du Mal à bien des égards. C’est notamment dans un poème comme Le Vampire que Baudelaire se montre le plus convainquant.

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