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Le rouge et le noir chapitre XIX partie 1 commentaire composé

Le rouge chapitre XIX commentaire composé

Le rouge et le noir chapitre XIX partie 1 commentaire composé

Commentaire composé entièrement rédigé de « Je vous en conjure » à « Voilà donc l’adultère, se dit-il! » extrait du chapitre XIX du Livre premier, Le Rouge et le Noir, Stendhal, 1830.

Plan détaillé:

I Une scène digne des plus grandes tragédies…

II … Pour une ironie et un cynisme piquants

Le XIX ème sera le siècle du réalisme en littérature. Ce mouvement fera la part belle à l’histoire très mouvementée de ce siècle si riche en évènements cruciaux pour la création de la République. L’année 1830 voit en particulier le retour de la monarchie, avec l’instauration cela Monarchie de Juillet. Les batailles seront héroïques, les évènements tous aussi incarnés les uns que les autres. Néanmoins, certains regretteront la prise de pouvoir de Louis XVIII. En effet, Napoléon Ier, bien que mort depuis une dizaine d’années en 1830, a toujours des admirateurs. C’est le cas de Julien Sorel, le héros du Rouge et le Noir, le roman de Stendhal. Oeuvre unique par sa densité, son cynisme et sa fin explosive, l’oeuvre est l’un des écrits emblématiques du XIX ème siècle. Le roman laisse voir Julien, amoureux de Madame de Renal, pourtant mariée à M. De Renal. L’adultère est souvent prêt à être découvert, et « notre héros » (comme l’appelle Stendhal), se retrouve souvent dans des situations risquées et rocambolesques. C’est bien le cas dans le chapitre XIX, qui nous montre à voir la maladie du fils de Madame de Renal, Stanislas. Alors que la situation est dramatique, le lecteur ne peut s’empêcher d’avoir de l’empathie pour Julien, et n’arrive pas à plaindre Madame de Renal. Pourquoi? En effet, comment Stendhal réussit-il à nous proposer une scène plaisante dans ce passage – à plusieurs égards- apparemment tragique? Afin de répondre à cette question, nous verrons dans une première partie que la scène s’apparente aux plus grandes tragédies. Dans une seconde partie, nous verrons que le cynisme débordant du narrateur nous empêche de plaindre Madame de Renal.

Deux éléments nous permettent de penser que nous sommes dans une scène dramatique. Tout d’abord, parce que deux « scènes » sont données à voir dans cet extrait. Ensuite, c’est parce que Madame de Renal agit et parle comme une tragédienne que nous pouvons faire le lien avec la fiction dans cet extrait.

Les paroles directes dominent l’extrait, comme dans une pièce de théâtre. Le lecteur est en présence de deux dialogues qui, bien qu’à des moments et en des lieux différents, mettent tous en scène Madame de Renal et son désespoir. La première « scène » montre une scène de confidences entre cette dernière et Julien. Le mot « confident » rappelle d’ailleurs Marivaux et ses Fausses Confidences. Le deuxième passage dans lequel Madame de Renal s’illustre tient plutôt du roman. Le passage montre cette dernière et son mari: elle avoue l’adultère et ce dernier ne la croit pas. Le comportement de Madame de Renal dans l’extrait est digne de celui d’une grande comédienne. Le lexique du roman étant présent, comme on peut le voir avec « homme d’imagination » dans la fin du texte, et avec la réponse averbale de Monsieur de Renal, « Idées romanesques », répété deux fois, nous place sous le signe de la fiction. Dans les deux cas, les réactions des interlocuteurs de Madame de Renal jurent par leur inadéquation avec ce qu’elle vient de leur dire. Madame de Renal se place dans le domaine de la fiction. D’ailleurs, nous pouvons remarquer que ces scènes sont fabriquées par elle, comme nous le dit le texte à propos de Julien: « il ne savait pas que Madame de Renal s’était mis dans la tête » : elle est l’héroïne de sa propre tragédie.

En effet, ses actes et ses paroles sont ceux d’une tragédienne antique. Le registre du pathétique est très présent dans l’extrait: « conjure », « hair », « remords », « sentiments ». Ses paroles sont celles d’un grande pécheresse, qui invoque constamment Dieu, comme on peut le voir « Dieu jaloux », « au nom de Dieu », « Dieu me punit », « abandon de Dieu », « Le ciel me punit, aux yeux de Dieu », « apaisera le Seigneur ». Cette ultra présence religieuse montre à quel point Madame de Renal pense vraiment se repentir, et se sait coupable. Son lexique de la religion, du péché, s’oppose au manque de réaction de Julien, qui est étonné du comportement qu’il a provoqué. Les paroles de Madame de Renal sont elles aussi propres aux plus grandes lamentations, comme on peut le voir avec les différents ordres qu’elle donne à Julien « ne parlez à personne », « fuyez moi », « quittez cette maison ». Ces ordres sous forme de litotes placent l’action aux coeur d’un dilemme tout cornélien. De la même manière, elle ordonne à son mari « écoute moi », l’impératif présentant cette héroïne comme maîtresse de son destin. C’est aussi dans ses gestes que Madame de Renal se comporte comme une actrice sur scène, comme on peut le voir: « elle se jeta aux pieds de son mari » ou encore « s’écria sa femme à genoux devant lui ». A l’emphase verbale s’ajoute l’exagération, le trop plein des actes physiques.

Dans un premier mouvement, nous avons montré que cet extrait nous présente la grande tragédienne qu’est Madame de Renal. Il est désormais temps dans un deuxième mouvement de voir que cette représentation est teintée d’un grand cynisme et d’un humour piquant chers à Stendhal.

Deux éléments nous donnent voir l’amitié que le narrateur a pour Julien dans cet extrait. Tout d’abord, ce dernier ne réagit pas comme l’aimerait Madame de Renal, ensuite parce que le cynisme du narrateur se lit très clairement.

Julien ne réagit pas comme Madame de Renal le souhaiterait, son mari non plus. Après les effusions des sentiments de sa maîtresse, Julien n’est pas triste, bien au contraire, le narrateur nous dit avec une certaine ironie « Julien fut profondément touché ». Il n’est pas triste, il est touché. Ici le sens du mot touché n’est pas pris de tristesse, mais plutôt piqué dans son orgueil, dans sa fierté. Le temps composé montre l’évènement qui arrive, et qui contraste avec l’imparfait de la proposition suivante: « il ne pouvait ». Le discours indirect libre nous permet de rentrer dans les pensées du de Julien « elle croit tuer son fils en m’aimant » nous montre bien que la santé du garçon n’est pas importante pour lui, et que les sentiments de Madame de Renal ne le sont pas non plus. Tout ce qui compte pour Julien, c’est d’admirer son ascension sociale – à travers l’adultère – , comme on peut le voir avec: « comment ai-je pu inspirer un tel amour, moi, si pauvre, si mal élevé, si ignorant, quelquefois si grossier dans mes façons ». L’énumération de l’adverbe « si » montre à quel point Julien est fier d’avoir touché Mme de Renal.

Mais c’est surtout la voix du narrateur qui nous laisse penser que le cynisme est bien présent. Il s’agit de regarder l’épigraphe placé en tête de chapitre. Le terme « grotesque » y est bien inscrit, interdisant au lecteur de partager les sentiments de Madame de Renal et de la plaindre. Le lien avec le titre du chapitre « Penser fait souffrir », dont l’infinitif est placé en position de sujet, souligne cette idée. Le narrateur ne se prive pas de remarques sur l’action qui est pourtant véritablement dramatique. La proximité des deux termes « l’enfant fut au plus mal » et du groupe prépositionnel « par bonheur »montre l’ironie du narrateur. Les effusions de sentiments de Madame de Renal ont l’air encore plus ridicules. La circonstancielle au plus que parfait du subjonctif « Si M. de Renal eut été » note à nouveau la présence du narrateur. Le narrateur commente aussi les réactions des personnages, avec la proposition « Julien resta étonné ». La focalisation externe de ce narrateur permet la critique. Le narrateur se place définitivement du côté de Julien.

Dans une première partie, nous avons montré que ces deux « scènes » sont véritablement dignes des plus grandes effusions de sentiments de la littérature française. Néanmoins, le cynisme stendhalien, cette bienveillance mêlée de cynisme pour Julien est particulièrement présent dans cet extrait. On retrouvera ce même plaisir de la narration dans le chapitre XIV, «  Les Ciseaux anglais », qui, à partir d’un micro évènement, la chute d’une paire de ciseaux, laisse la place aux plus grands mouvements du coeur.

 

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