Image étude linéaire Baccalauréat
Etude linéaire de Sido, de « Car j’aimais tant l’aube… » à « …gorgée imaginaires », Colette, 1930.

Etude linéaire de Sido, Colette

Etude linéaire de Sido, « Car j’aimais tant l’aube… » à « …gorgée imaginaires », Colette, 1930. 

 

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Etude linéaire de Sido, de « Car j’aimais tant l’aube… » à « …gorgée imaginaires », Colette, 1930.

Mouvements:

1 er mouvement: l’aube comme l’origine du monde

2 ème mouvement: une déclaration d’amour pour sa mère

3 ème mouvement: l’eau comme source de la vie

L’aube du XX ème siècle apporte de nouvelles questions à l’individu en quête de modernité. De fait, le genre de l’autobiographie s’impose comme un moyen pour les auteurs de retrouver leurs souvenirs d’enfance pour mieux se tourner vers l’avenir prometteur du XX ème siècle. Colette, grande figure de la littérature du XX ème siècle, a mené de front une carrière d’autrice, mais aussi de comédienne, ainsi que de journaliste. L’autrice se met à signer ses propres oeuvres à partir de 1923, avec Le blé en herbe. Au décès de sa mère en 1912, Colette souhaite lui rendre hommage. Cette volonté donnera Sido, publié en 1930.

Court récit d’un peu plus de cent pages, le texte relate l’enfance de  Colette dans la campagne bourguignonne. L’enfant vit une vie au plus près de la nature. Dans cet extrait, Colette évoque le lever du soleil qu’elle aimait tant aller regarder. Ce souvenir donne l’occasion à l’autrice de nous montrer l’étendue de son talent en célébrant la nature, qui sera au coeur de son écriture. Comment, dans cet extrait si sensoriel, Colette parvient-elle à lier son amour de l’aube à l’amour que l’enfant porte à sa mère? Tout d’abord, nous montrerons en quoi l’aube paraît-elle comme la genèse du monde de l’enfant, avant d’analyser comment cet extrait se place t-il comme une déclaration d’amour à sa mère. Enfin, nous verrons dans une dernière partie comment l’eau de source décrite par l’autrice ramène t-elle l’autrice à la femme qu’elle est aujourd’hui.

1er mouvement: l’aube comme origine du monde.

• Le passage débute par une conjonction de coordination, « car », qui fonctionne ici comme l’embrayeur du souvenir raconté par Colette. On sait à quel point l’autrice aimera ce début de journée: elle intitulera d’ailleurs un de ses romans La naissance du jour. L’adverbe « déjà » nous permet de dire que cet amour est perpétué et que Colette se remémore un goût qu’elle possède encore. La continuité entre l’enfant et l’adulte qu’elle est devenue est alors bien perceptible. L’adverbe d’intensité « tant » suivi par la subordonnée consécutive « que ma mère me l’accordait en récompense » fait le lien entre l’enfant et sa mère. Sido, roman sur la mère de Colette, peut se lire comme un hymne à l’amour et à la vie, qu’à donné la mère, cette mère qui a permis ce moment pour Colette, en lui donnant la vie. L’idée du « don » est celui de l’aube, mais aussi celui de la vie.

• La mère lui permet d’aller se promener en forêt, à « trois heures et demie ». L’imparfait du subjonctif « qu’elle m’éveillât » fait ici suite à l’imparfait qui domine l’extrait: nous sommes dans le temps du souvenir. L’anaphore de la préposition « vers » nous rappelle le but de la promenade: la cueillette des fruits. Colette part « « un panier à chaque bras ». Les « terres maraichères » sont personnifiées à l’aide du verbe « se réfugiaient ».

L’énumération des fruits « les fraises, les cassis et les groseilles barbues » indique la prolifération des fruits, rappellent l’abondance souvent évoquée dans la poésie lyrique. Chaque fruit agit tel un compagnon de route, les groseilles étant « barbues ». L’évocation du gout des fruits agit comme un appel du souvenir, et inscrit le récit dans l’autobiographie.

• Le deuxième paragraphe décrit poétiquement l’atmosphère magique du moment. Le marqueur de temps « Trois heures et demie » est répété, mis en valeur à l’attaque de la phrase. Le lexique de l’indistinct domine d’abord : le pronom indéfini « tout », le groupe nominal introduit par le déterminant indéfini « un bleu », l’adjectif « confus ». L’adjectif substantivé « bleu » complété par l’épithète « originel » évoque le caractère enchanté de l’aube.

• L’enfant participe à cette célébration du monde de tout son corps tout neuf, appréhendé par ses différentes parties « mes jambes », « mon petit torse », « mes lèvres, mes oreilles et mes narines ». « Le brouillard », état intermédiaire entre nuit et jour semble l’absorber progressivement comme elle l’absorbe par tous ses sens, vue, toucher, et sens olfactif privilégié via le superlatif « mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps ». La description, légère, parvient à mimer le caractère volatile du brouillard de façon à entourer d’une aura de mystère sa communion avec l’enfant.

• Nettement plus brève, la phrase simple qui suit ajoute un commentaire de la narratrice justifiant la solitude de l’enfant par un paradoxe « ce pays mal pensant était sans dangers ». Ici la narratrice fait peut-être référence au folklore bourbonnais et à la tradition des contes oraux (le principal folkloriste bourguignon est Achille Millien, originaire d’un village à quelques kilomètres de Saint-Sauveur). La solitude de l’enfant est absolument nécessaire à l’expérience vécue » « J’allais seule ». Le verbe (qui fait penser au jeune Rimbaud de « Sensation » ou de « Ma bohème ») fait le lien avec le précédent paragraphe: « je m’en allais ».

• Le présentatif en anaphore « c’est sur ce chemin » « c’est à cette heure » ainsi que les démonstratifs marquent le caractère précieux et essentiel du lieu et du moment. C’est à une révélation que nous assistons ici. Le choix du verbe « que je prenais conscience » donne la mesure du caractère existentiel ou initiatique de cette expérience fondatrice de l’identité de l’enfant, dépassant les mots : c’est cet « état de grâce indicible ». L’aube triomphe ici à travers la répétition de premier « le premier souffle accouru » « le premier oiseau ». comme si l’enfant participait à la genèse du monde. La naissance du jour achève d’ailleurs la phrase à travers la métaphore de « l’éclosion » du soleil.

2 ème mouvement: une déclaration d’amour pour sa mère.

• Le troisième paragraphe revient à Sido « Ma mère me laissait partir ». L’autrice revient donc en arrière, au même moment que « je m’en allais » du 1er paragraphe. De même « elle regardait courir et décroître », reprend la circonstancielle du second « quand je descendais le chemin de sable ». Ce paragraphe rassemble donc les précédents, tout en remettant l’accent sur Sido, sujet des verbes « laissait » « regardait » et dont Colette fait entendre la voix.

• Colette rappelle ainsi les doux noms dont sa mère la qualifiait: « Beauté, Joyau tout en or » entrant en résonance avec la lumière de l’aube. Les voix de la narratrice et de la mère se mélangent dans le glissement de « son œuvre » à « chef d’œuvre » avant l’incise « disait-elle ». L’autrice rend ainsi hommage à l’amour que lui portait sa mère.

• L’autrice modalise son discours: elle était « peut-être » jolie. En personnifiant les portraits de son époque, elle les fait dialoguer avec sa mère dans une saynète riche en émotion. L’aube semble rendre l’autrice « jolie », car c’est « à cause » d’elle que l’enfant sort du cliché de la petite fille propre sur elle, ses cheveux n’étant « lissés qu’à » son « retour » à la maison.

• La « cloche de la première messe » semble sonner le glas de la promenade de l’enfant. Ses sens sont en éveil: après l’audition évoquée par « les cloches », Sido explique qu’elle goute « l’eau ». Le registre se fait alors tout à fait religieux, néanmoins c’est l’eau de la source que Colette révère au moyen de la subordonnée relative : « que je révérais ».

• Dans les lignes qui suivent, l’autrice donne vie à la première source, en nous donnant à voir le « sanglot », alors que l’eau « traçait elle même son lit sableux ». L’autrice donne véritablement vie aux deux sources d’eau si vivantes. Les verbes d’action « décourageait » et « replongeait » en attestent. La seconde source s’écoule sur terre, contrairement à l’autre qui y retourne, dans une opposition toute poétique. Les « narcisses », nom de fleur qui peut aussi être prénom d’homme, sont les spectatrices du début de sa vie.

C’est à nouveau dans la sensation du gout des gorgées d’eau de source que se clôt le récit de Colette. Chaque gorgée a un goût unique. L’adverbe « rien » et la tournure « qu’à parler d’elles » inscrivent cette boisson comme évocatrice du souvenir. Comme souvent dans l’autobiographie, ce sont les sensations qui provoquent le souvenir. mais la narratrice revient à elle, se projetant au moment de sécheresse ultime, la mort. En effet, l’autrice évoque la mort dans la périphrase « de tout finir ». Ainsi après avoir évoqué tant de commencements l’autrice clôt son récit à propos du seuil de sa vie.

Texte sur l’aube, l’amour maternel et l’eau de source, cet extrait nous place d’emblée dans un texte sur le début de la vie. Néanmoins, le texte se veut résolument vivant et de fait, ne peut parler de la vie sans parler de la mort, qui en fait intégralement partie. Dans cet extrait, Colette célèbre le monde en partant des moments enchantés de l’aube. Mais il s’agit surtout de célébrer Sido qui semble assez posséder l’aube pour l’offrir à son enfant. Le texte devient alors aussi célébration de l’amour maternel. Enfin, l’autrice revient sur l’eau de source qui l’a plus tôt emplie, en espérant que son goût sera celui qu’elle goutera à l’heure de sa mort. Véritable écrivaine des sensations, l’autrice se place ici dans la lignée lyrique de Rimbaud et de Verlaine, poètes au lyrisme fulgurant.

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