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Etude linéaire de Phèdre Acte I scène 3

Etude linéaire de Phèdre Acte I scène 3

Etude linéaire de Phèdre, Acte I scène 3 de « Mon mal vient de plus loin…» à « … les traits de son père» Racine, 1677. 

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Plan:

1er mouvement: Le récit d’un coup de foudre entre Phèdre et Hippolyte

2 ème mouvement: Phèdre, la victime de Vénus

3 ème Mouvement: La révélation de l’identité d’Hippolyte

Le XVII ème siècle est le siècle de la morale. Le classicisme, ce mouvement littéraire qui donne toute sa place à la religion et à la monarchie, trouve sa place en ce siècle. Parmi les auteurs du mouvement classique, Racine, auteur prolixe connaît un vif succès avec ses tragédies dont il écrit l’essentiel entre 1670 et 1691, année où il produit la dernière, Athalie, pour Madame de Maintenon et sa fondation de Saint-Cyr. Les dernières années de sa vie seront marquées par un retour à la foi qui suivra celui de Louis XIV. En 1677, Racine écrit Phèdre, une tragédie en 5 actes qui prend à nouveau pour modèle les héros et héroïnes antiques. L’intrigue, inspirée des Anciens tels Euripide ou Sénèque, est simple: Phèdre, épouse de Thésée, est amoureuse d’Hippolyte, le fils de Thésée, fruit d’un précédent mariage avec une amazone: Antiope. Déchirée entre sa passion et le remord, la culpabilité qu’elle en éprouve, Phèdre se meurt. Dans la scène 3 de l’acte I, pressée par Oenone sa nourrice fidèle et dévouée, elle avoue à cette dernière son amour pour Hippolyte. Comment? Par quels moyens Phèdre avouera t-elle son amour tout en se posant comme la victime tragique de son propre destin? Afin de répondre à cette question, nous analyserons ce texte en deux mouvements le premier allant de la ligne 1 à 9, qui montrera le récit du coup de foudre entre Phèdre et Hippolyte, et le second, de la ligne 10 à 17, qui montrera Phèdre en héroïne tragique, victime de Vénus. Enfin, nous analyserons le dernier mouvement qui verra dans les lignes 17 à 22 la révélation de l’identité d’Hippolyte.

1er mouvement: Le récit d’un coup de foudre entre Phèdre et Hippolyte (l. 1 à 9)

  • Le 1er hémistiche du premier vers « Mon mal vient de plus loin » appelle un récit rétrospectif qui débute dès le deuxième hémistiche et qui est marqué par le passage au temps du passé et par la présence de l’adverbe « à peine »: « je m’étais engagé » (vers 2), « semblait » (vers 3), « me montra » (vers 4).
  • La périphrase « fils d’Egée désigne ici Thésée. On imagine que Phèdre refuse de nommer Thésée par son nom, au vu de l’aveu qu’elle s’apprête de faire.
  • Le thème du premier regard est récurrent chez Racine (par exemple dans Bérénice): un seul regard suffit, voir: c’est aimer.
  • Tout le récit de Phèdre constitue une hypotypose. Ce procédé d’écriture qui vise à faire une description vivante et frappante rend la scène plus vibrante pour le spectateur.
  • Le rythme ternaire, la parataxe et l’usage du passé simple des vers 4 au vers 5 marquent l’immédiateté et la violence du choc qu’a provoqué la rencontre avec Hippolyte: « Athènes me montra mon superbe ennemi: Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ». Le passé simple contraste ici avec le plus que parfait et l’imparfait qui précédaient.
  • La violence de la rencontre avec Hippolyte se manifeste aussi physiquement, comme on peut le voir au vers 5: « Je rougis, je pâlis ».
  • Le trouble est incontrôlable et irrationnel: les deux aspects évoqués par le jeu des oppositions: « je rougis » opposé à « je pâlis » au v.5, le verbe « transir » qui est opposé au verbe « brûler » du vers 7. Pour Phèdre l’’amour est immédiatement ressenti comme dangereux, « redoutable », objet de « tourments » , un « mal » contre lequel il convient de lutter. C’est la même idée qui domine dans les vers 7 à 8: «Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler / Je sentis tout mon corps et transir et brûler ».

2 ème mouvement: Phèdre, la victime de Vénus (l.10 à 17)

  • La culpabilité de Phèdre est totalement subjective: Phèdre se sent coupable mais elle n’est pas maîtresse des sentiments qui l’animent: elle subit le joug d’une puissance qui lui est supérieure et qui l’accable, comme on peut le voir aux vers 9 et 19, « Je reconnus Vénus et ses feux redoutables/ D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables ». Ici la métonymie du « sang » qui fait référence à la mère de Phèdre, Pasiphaé, et à sa soeur Ariane, et introduit la notion d’hérédité: le mal de Phèdre est  inéluctable.
  • Le premier remède que Phèdre tente d’apporter à son mal est celui d’honorer Vénus: comme pour le coup de foudre, elle évoque précisément les soins qu’apporte. Elle souhaite « bâtir un temple », « l’orner », faire des sacrifices  comme on peut le voir aux vers 13 et 14 « De victimes moi-même à toute heure entourée/Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée ».

3 ème Mouvement: La révélation de l’identité d’Hippolyte (l.17 à 22)

  • La principale « J’adorais Hippolyte » est mise en relief par sa position en rejet du vers précédent qui, lui, contient la principale, mais aussi par le déplacement puisque cette principale est située après la subordonnée, et enfin par le détachement, grâce à la virgule en fin de vers précédent. Hélas les vers 16 à 22 montrent l’impuissance de Phèdre à lutter contre cet amour,  et à l’image de Thésée se substitue celle d’Hippolyte.
  • Le jeu d’écho entre « Déesse » à la fin du vers 17 et « Hippolyte » à la césure du vers 18 met en valeur les deux termes: ils sont donc situés à des places d’égale importance dans le vers.
  • Dans « J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer » au vers 20, Phèdre substitue le culte d’ Hippolyte à celui de Vénus: l’amour, de coupable, devient sacrilège.
  • Ce constat est douloureux, comme le montre la ponctuation et l’interjection: « Ô comble de misère! » au vers 21.
  • Enfin, la révélation est celle de la vision, comme on peut le voir au vers 22: « Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père », cet élément sera repris et développé dans l’aveu de Phèdre à Hippolyte, aveu dans lequel elle substitue l’image du jeune homme à celle de Thésée dans l’acte II scène 5.

Dans cet extrait de Phèdre, Racine nous donne tous les indices de la tragédie qui se jouera devant nous. Après la scène d’exposition qui nous a présenté les personnages et le lieu de l’action, la scène 3 nous indique le noeud de l’intrigue qui va se jouer devant nous. On pourra faire le lien avec d’autres pièces ou romans dans lesquels le topos du premier regard sera développé. Ce sera notamment dans L’éducation Sentimentale, de Flaubert, que cet auteur du XIX développera le thème de l’amour au premier regard avec les personnages de Frédéric et Arnoux.

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