Image étude linéaire Baccalauréat
Etude linéaire “Adieu”, Extrait de Poèmes à Lou, Apollinaire, 1915

Etude linéaire Adieu Apollinaire

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Etude linéaire de « Adieu » extrait des Poèmes à Lou, Guillaume Apollinaire, 1915.

Plan:

1er mouvement: la célébration de l’amour et la demande des lettres

2 ème mouvement: la vie d’un soldat qui dit adieu

Le XX ème siècle est celui de la modernité. Ce mouvement touchera tous les arts: peinture, sculpture mais aussi littérature et poésie. De nombreux auteurs s’affranchiront des carcans classiques qu’imposaient les formes poétiques fixes. C’est notamment en déclinant un style « graphique » que Guillaume Apollinaire se posera comme l’un des auteurs emblématiques de la modernité. Dans ces calligrammes par exemples, les mots forment un dessin, et proposent au lecteur une double lecture, à la fois textuelle est dessinée. Dans les Poèmes à Lou, Guillaume Apollinaire célèbre la femme aimée, Lou, alors qu’il est au front et s’est engagé volontairement dans la Première Guerre mondiale. Dans « Adieu », le poète conserve la forme fixe et les pieds réguliers: cinq strophes sont composées de trois vers (tercets) en alexandrins. Les rimes sont suivies dans une alternance de rimes féminines et masculines. Mais la situation d’énonciation est constamment bousculée: la lettre à une femme est lue par le lecteur. Deux genres s’affrontent: le poétique et l’épistolaire. Pourtant, la plainte est réelle est émeut le lecteur qui ne cesse d’avoir le contexte historique en tête. On pourra ainsi se demander comment l’alliance du poème et de la lettre renforce t-elle l’émotion du lecteur? Dans un premier mouvement, nous montrerons comment le poète célèbre t-il l’amour qu’il porte pour Lou, tout en lui demandant d’autres lettres. Dans un second mouvement, nous montrerons que l’émotion est vive lorsque le soldat décrit sa vie en disant pour la dernière fois peut-être, « Adieu », à Lou.

1er mouvement: la célébration de l’amour et la demande des lettres

• On pourra d’abord commenter le titre: « Adieu » place apparemment le poème sous le signe de la plainte ou en tout cas du départ sans retour. Il est d’habitude placé en fin de lettre, contrairement à ici.

• L’amour est le thème central de ce poème, comme en témoigne le premier mot de ce poème. Ici l’amour est personnifié, car il est qualifié par l’attribut « libre ». Il possède ici un sens métaphorique, celui de « sans fin », « insoumis ». L’adverbe « jamais » insiste sur ce point. Le « sort » prend aussi une tournure imagée: le sort du destin, mais aussi celui de l’envoutement, le poète étant emporté par l’amour qui pourtant, reste « libre ».

D’ailleurs, ce premier vers s’ouvre sur un verbe être au présent de vérité générale, inscrivant l’amour du poète dans un espace temps infini.

• Le deuxième vers de cette strophe invoque Lou avec un « O » d’imploration. Le prénom « Lou » est ici le diminutif de Louise. Cette interpellation sera reprise dans le vers 11. Nous restons ici dans le registre pathétique, de la plainte. L’hyperbolique « plus fort encore que la mort » implique une distance géographique que l’on retrouve dans le dernier vers de ce tercet.

• Le « Nord » est celui où serait partie Lou, lors d’un « voyage ». L’amour brave ici toutes les circonstances. L’idée ici est celle d’un amour qui dépasse les frontières. Le possessif « le mien » insiste sur son ressenti personnel. Ce premier tercet se place donc sous le signe de la fougue, sans pourtant oublier le substantif « mort » encadré par les deux premiers vers.

• La deuxième strophe s’ouvre sur une mise en relief du substantif « lettres » rappelle la forme du poème. Nous sommes bien dans le genre épistolaire et le poète ne doit pas perdre de vue son but: que Lou lui réponde. Ici l’impératif est mis en exergue par la majuscule au verbe « Envoie ». Néanmoins le terme la forme impérative, l’ordre, est contrebalancé par l’affectif « ma chérie ».

• Le vers 5 débute par l’indéfini « on ». Ici la situation d’énonciation du poème change: nous passons du domaine de l’intime à la description générale de la vie du soldat, qui ne se dissocie pas du groupe. Le terme « artillerie » rappelle le lexique de la guerre. La date doit ici être prise en compte pour lire la poème sous le signe de la Première Guerre mondiale. Les rimes « chérie » et « artillerie » est inattendue: ici l’amour n’est pas dissocié de son contexte, celui d’une guerre meurtrière dont l’auteur ne reviendra peut- être pas.

• La répétition de l’adverbe de quantité « au moins » ainsi que la prière du « je t’en prie » souligne bien cette insistance, cette prière. On constate ici que même avec l’absence de ponctuation (dans tout le poème) le rythme s’accélère. Cette accélération souligne l’empressement qui possède le poète: il doit recevoir des lettres de Lou, vite.

2 ème mouvement: la vie d’un soldat qui dit adieu

• La troisième strophe nous plonge dans l’intimité des soldats et de la vie sur le front. Le premier vers débute par l’adverbe de temps « lentement » résonnant avec le « présent » à la rime. Le rythme se ralentit, contrastant avec l’empressement de la strophe précédente. L’auteur annonce le thème nocturne de cette strophe. L’adjectif « noire » nous ramène à la réalité: comme la nuit, la vie sur le front est terrifiante, obscure. L’incursion du passé composé ramène la situation d’énonciation dans un autre temps, comme si le poète était tout à coup saisi par l’assombrissement de l’atmosphère autour de lui.

• La noirceur de l’ambiance place le poème dans un climat de peur et d’angoisse. Le « on » rappelle le groupe de soldats, qui « va rentrer »: le futur périphrastique marque à nouveau un changement de rythme. Le « zan » est un réglisse donné aux soldats, noir aussi. Ce détail sur la vie de soldat nous plonge dans l’intimité de ce groupe que la nuit vient de surprendre.

• Le ternaire « une deux trois » associé aux points de suspension insiste sur l’attente. Ce rythme qui rappelle la comptine enfantine rappelle le hasard de la guerre. Le parallélisme « A toi ma vie A toi mon sang » souligné par les majuscules montre que sa vie appartient à Lou, pas à la guerre. Le poème peut alors revenir sur un registre lyrique ponctué par la plainte.

• « La nuit » reste un thème important de ce quatrième tercet. Néanmoins elle sera personnifiée par le parallélisme « très douce et très blonde ». On note les couleurs qui s’opposeront, la blondeur aurait normalement due être associée au soleil, pas à la nuit, qui était noire dans la troisième strophe. Ces deux adjectifs: « douce » et « blonde », sont féminisés.

• Dans le vers suivant on note la comparaison entre le « ciel » et « l’onde ». L’auteurreprend le vers 3 « O Lou », ainsi qu’au vers suivant « un coeur le mien ». Cet écho permet de voir la musicalité de ce poème, qui peut s’apprendre telle une prière.

• Ici l’écho se fait avec le « Nord » du vers 3, le poète suivra Lou « jusques au bout du monde ». Le « s » de « jusques » oblige alors la liaison en « z » devant voyelle- il s’agit ici de conserver la régularité du rythme et de l’alexandrin.

• Le vers 13 reprend l’idée du temps qui passe et qui se presse autour de l’auteur. Ce destin « l’heure est venue » place cette dernière strophe sous le signe de la tragédie. Ce vers se place sous le signe de « l’Adieu » que souligne la majuscule et rappelle le titre du poème. Le « départ » insiste sur le champ lexical de la séparation. Le possessif de la deuxième personne semble étonnant: comme il clôt la lettre, ce devrait plutôt être lui qui part. Mais c’est bien Lou qui quitte le poète.

• La réalité frappe à nouveau le lecteur: « Il est neuf heures moins le quart ». On note aussi la majuscule de « Il ».

• Le rythme ternaire des adjectifs numéraux ralentit le rythme, tel le train qui quitte la gare. La ville de Nîmes est une ville dans laquelle a séjourné Apollinaire, le lieu est donc bien réel pour le lecteur et l’auteur. Cette ville au sud de la France contraste ainsi avec le Nord du vers 3.

« Adieu » de Guillaume Apollinaire permet une véritable immersion dans la poésie de l’auteur. En deux mouvements bien distincts, le premier étant la célébration de l’amour et la demande de lettres, avec en second temps la description de la vie d’un soldat qui fait ses adieux à la femme qu’il aime, on y retrouve tous les ingrédients de son « style ». Ce style peut se caractériser par une modernité en partie due à l’absence de ponctuation, un jeu graphique de l’acrostiche répétant le prénom « Lou » au début de chaque strophe, et surtout un lyrisme exacerbé et description de la vie réelle d’un soldat pendant la Première Guerre mondiale. L’inquiétude sous-jacente ne quitte jamais le lecteur: la mort séparera un jour où l’autre Lou et son amant.

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