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Commentaire composé « J‘avais marqué le temps de mon départ d’Amiens » à « …qui a causé par la suite tous ses malheurs et les miens » Extrait de Manon Lescaut de l’Abbé Prévost, 1731.

Commentaire Manon Lescaut

Devoir rédigé « J‘avais marqué le temps de mon départ d’Amiens » à « …qui a causé par la suite tous ses malheurs et les miens »

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Commentaire rédigé « J‘avais marqué le temps de mon départ d’Amiens » à « …qui a causé par la suite tous ses malheurs et les miens » Extrait de Manon Lescaut de l’Abbé Prévost, 1731.

Plan:

I Un souvenir très vif

  1. Le souvenir raconté
  2. D’un coup de foudre

II Laissant déjà voir les affres de la passion

  1. Un portrait en demie teinte de Manon
  2. Et du Chevalier Des grieux

Le XVIII ème siècle a eu la passion des idées. Après des années d’absolutisme, le pouvoir des rois (Louis XIV, XV, XVI) et l’Ancien régime seront redéfinis. La société d’ordres (tiers état, séculier, noble) n’aura rapidement plus lieu d’être. Sans parler d’opportunisme, l’époque -en particulier la fin du XVIII ème- sera celle des changements de carrière et des retournements de veste. Avec une légèreté de ton encore jamais expérimentée en littérature, le mouvement philosophique du libertinage sera l’un des exemples de la fissure de l’Ancien Régime. L’un des romans les plus emblématiques du mouvement sera L’Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut rédigé en 1731 par l’Abbé Prévost. Figure type du sacristain aux moeurs débraillées, l’Abbé Prévost eut une vie mouvementée. Tour à tour religieux et faussaire, il ira jusqu’à s’exiler en Angleterre pour fuir ses détracteurs français. Son roman principal porte les traces de cette vie rocambolesque. En effet, l’ouvrage traite de l’histoire passionnelle du Chevalier des Grieux, noble de son état, et de Manon Lescaut, une libertine qui lui fera accomplir les pires actions. Dans ce roman de la passion et du risque, l’auteur nous donne ici l’un des premiers exemples de l’anti-héros et de ses malheurs. Comment, dans ce passage situé au début du roman, l’auteur parvient-il à nous laisser le dénouement tragique des deux amants? Dans un premier mouvement, nous verrons que c’est parce que le souvenir est raconté qu’il est très vivant pour le lecteur. Enfin, nous verrons comment la passion entre les deux personnages est-elle décrite dans cet extrait.

C’est le souvenir très vif de son coup de foudre que nous raconte le narrateur dans cet extrait.

Le pronom personnel qui ouvre cet extrait montre bien le souvenir personnel qui va nous être raconté. On sait que l’étude des points de vue (le récit est enchâssé, raconté, il y a de nombreuses ellipses et prolepses qui perturbent la situation d’énonciation, etc.) sera l’un des axes qui rendront Manon Lescaut si moderne. Ici, le Chevalier relate le souvenir de sa première rencontre avec Manon. Le plus-que-parfait « j’avais marqué » alterne avec le passé simple « ne le marquai-je ». Les temps du récit sont ceux des actions qui vont se superposer les unes aux autres, rendant le récit vivant et pénétrant pour le narrateur ainsi que pour le lecteur. On peut d’ailleurs rappeler que ce ne sont en tout et pour tout que quelques minutes qui sont racontées. Pourtant, le temps semble s’être arrêté pour le narrateur. Ce dernier ne passera à l’imparfait que pour présenter son ami, « qui s’appelait Tiberge ». On a un décalage par rapport au passé simple du reste du souvenir ce qui permettra aussi d’introduire un nouveau personnage. La ponctuation participera aussi à l’enchaînement des actions, comme par exemple: « mais il en resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour ». Les virgules pourraient être comme les coups d’oeil que fait le narrateur à la jeune file. A une virgule, un coup d’oeil. On pourra s’attarder sur l’étude lexicologique du terme « marqué, qui peut être selon un sens voisin. Ici, « marqué » signifie retarder, or le mot renvoie aussi à la notion de signe, de croix à reporter sur un document, un calendrier pourquoi pas. La date a son importance: ce jour marque le début de sa relation amoureuse avec Manon. Le choix du terme est donc loin d’être anodin. La fin du texte nous le confirme: ce souvenir est teinté de regrets: le terme « suite » appartenant aussi au champ lexical de l’histoire racontée, nous indique que la fin sera tragique pour les deux amants.

Plus que des coups d’oeil, ce sera un coup de foudre pour le narrateur. Le passage de ce coup de foudre débute par la conjonction de coordination « Mais », indiquant que cet épisode de voyeurisme prendra un tour inconnu. Manon s’arrête comme si elle sentait les regards braqués sur elle. Alors qu’un homme « d’un homme avancé », « s’empressait » pour lui porter ses paquets, la « fort jeune » « s’arrêta seul ». L’opposition antithétique entre l’homme âgé qui court et la jeune femme qui s’arrête montre à quel point cette situation paraît importune. Pour le Chevalier, la jeune femme paraît « si charmante », l’adverbe « si » permettant l’insistance de l’hyperbole. Le terme « charmante » est un adjectif dérivé du substantif « charme » qui peut désigner le sort jeté par une ensorceleuse. Rappelons que c’est le Chevalier qui raconte cet épisode, a posteriori, alors qu’il sait tout ce que Manon lui a fait subir. Le Chevalier est saisit par l’amour: « je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport ». Le complément circonstanciel de manière hyperbolique marque cette rencontre sous le signe de l’excès. C’est le feu de la passion qui le brûle subitement. Le terme « coup » revient dans la suite du texte, mais il est mortel cette fois dans « un coup mortel pour mes désirs », laissant présager la fin douloureuse du Chevalier et de Manon. Ce parallélisme de l’homophonie, entre la soudaineté du transport et le coup mortel de la suite du texte n’augure rien de bon pour la suite des aventures du Chevalier et de Manon. La complainte « Hélas! » des premières souligne la peine et l’impact que la rencontre aura sur leurs vies. Pour l’heure, la périphrase « maîtresse de mon coeur » indique à quel point le Chevalier est sous le charme de Manon.

Nous avons montré à quel point le souvenir que relate le Chevalier est celui d’une passion amoureuse débutante. Il est désormais temps de regarder plus précisément les deux portraits croisé que cet extrait laisse voir: celui de Chevalier et celui de Manon.

Deux portraits sont mis à jour dans ce texte: d’abord celui du Chevalier et celui de Manon.

Rappelons-le: nous sommes au début du roman et le narrateur n’a des personnages qu’une image biaisée. Cette scène de rencontre permet aussi de présenter les personnages principaux de l’oeuvre. En employant la première personne du pluriel dans les premières lignes de son récit, il implique Tiberge en se dégageant ainsi de toute responsabilité. Il apparaît comme un jeune homme curieux, qui se laisse entraîner par ses amis. La proximité entre les deux termes « curiosité » et « femmes »  montre qu’à peine sorti du séminaire, le Chevalier est porté par le désir. Déjà les thèmes du libertinage se font voir. Mais Des Grieux apparaît surtout comme très naïf, comme on peut le voir «dans les lignes «  moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes », le narrateur apparait comme très juvénile, très inexpérimenté, très enfantin. Comme les enfants, il pense que mâle et femelle sont pareils. Tout le monde admire sa « sagesse » et sa « retenue ». Ces qualités qu’il nous présente ne sont qu’un prétexte au dévergondage qu’amènera le libertinage: le narrateur sera la proie facile des libertins, il se laissera emporté par son désir. Il l’avoue lui-même « j’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter », on note l’adverbe et le complément de l’adjectif qui insistent sur la naïveté du personnage. L’importance des pronoms personnels montre à quel point il semble s’étonner lui-même de ce qui lui est arrivé « moi qui n’avais », « moi, dis-je ». On a à nouveau l’opposition entre le moi « timide » d’avant et celui qui est entreprenant face à l’objet de son amour: cette opposition est marquée par le connecteur logique « mais » qui sépare la phrase entre ces deux facettes du personnage.

C’est surtout le visage de Manon que nous apercevrons dans cet extrait. La litote « elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée » montre bien que cette femme a déjà due être séduite. D’ailleurs, la proposition subordonnée circonstancielle de concession « Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi » renforce cette idée de femme expérimentée, en soulignant son jeune âge. Manon répond « ingénument », associé au terme « religieuse » en fin de phrase, laisse de prime abord voir une femme qui a un double visage: ingénue, elle sait tout de même recevoir les compliments des inconnus dans la rue. On peut imaginer que ce ne sont pas les premiers compliments qu’elle reçoit, et qu’elle comprend vite que le Chevalier, épris d’elle, fera en sorte de la faire s’échapper. On peut voir ici le début d’un plan machiavélique qui prend naissance dès les premiers instants. Cette idée de plan rappelle les romans libertins de l’époque, on se souvient que la perversion de Cécile Volanges dans les Liaisons dangereuses fait l’objet des premières lettres du roman épistolaire. Le caractère de Manon se laisse voir par le comparatif « plus expérimentée que moi » mais là encore, ce n’est pas le jeune Des Grieux qui trouve Manon expérimentée, mais le narrateur Des Grieux après coup. Enfin, c’est surtout le  « penchant au plaisir » que ses parents ont découvert qui explique sa présence au couvent. On sait à quel point cet euphémisme précipitera le Chevalier et Manon vers un destin tragique.

Dans ces premières pages de Manon Lescaut, le Chevalier des Grieux nous raconte sa première rencontre avec Manon. Nous avons démontré dans une première partie que le souvenir de ce coup de foudre est très marquant pour le Chevalier. Dans une seconde partie, nous avons pu analyser les deux portraits croisés des personnages principaux. Si le thème de la rencontre et du coup de foudre au premier regard est un topos très utilisé en littérature, ce sera particulièrement le cas dans les romans réalistes du XIX ème siècle, tel la rencontre de Mme Arnoux et de Frédéric dans l’Education Sentimentale de Flaubert.

 

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