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Commentaire composé du Joujou du pauvre, Baudelaire, Extrait des Petits poèmes en prose, 1869

Commentaire composé entièrement rédigé du Joujou du pauvre extrait des Petits poèmes en prose, Baudelaire, 1869.

 

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Commentaire composé entièrement rédigé du Joujou du pauvre extrait

des Petits poèmes en prose, Baudelaire, 1869.

Plan:

I Un poème mettant en scène deux mondes que tout oppose

II Un apologue qui dénonce les inégalités

Le XIXème siècle, en France, sera celui de la montée des inégalités sociales. Après une période d’industrialisation ayant véritablement redessiné le pays, les espaces urbains font face aux espaces ruraux. Les villes et les campagnes n’ont plus le même visage: riches et pauvres se tiennent l’un devant l’autre dans des face-à-face d’une grande violence. Cette modernité sera décrite par les poètes romantiques et par ceux qui trouveront poétique la saleté des villes. Parmi ces auteurs, Charles Baudelaire (1821-1867), poète inclassable, sera celui sur lequel la misère aura le plus d’impact. Il trouvera dans la rue, auprès des plus pauvres, l’inspiration pour ses poésies. Parmi ses recueils, Les Fleurs du Mal se présente comme celui de la beauté naissant au milieu de la misère. Mais c’est dans une forme étonnante, la prose, que Charles Baudelaire rédige le recueil des Petits poèmes en prose, paru deux ans après sa mort. Il nous donne à voir de nombreux tableaux dénonçant les inégalités sociales que le XIXème siècle porte en son sein. Pourquoi peut-on dire que le Joujou du pauvre est un plaidoyer contre les inégalités sociales? Nous verrons que cette dénonciation se fait en deux temps: le premier concernera la description de deux mondes qui s’opposent, le second dans la construction d’un apologue dans lequel Charles Baudelaire se met lui-même en scène pour mieux nous convaincre.

Tout d’abord, ce poème met en scène deux mondes que tout s’oppose. C’est d’abord en opposant les lieux, puis les deux enfants et leurs jouets que le poète s’oppose aux inégalités sociales.

Le poème débute par la description d’une scène apparemment commune, comme nous l’indique les premières phrases « Quand vous sortirez le matin ». Néanmoins, bien que très proches l’un de l’autre, les deux lieux décrits dans cette promenade sont diamétralement opposés. Le premier lieu décrit est le château près duquel les enfants jouent est « derrière la grille d’un vaste jardin ». Le complément du nom « d’un vaste jardin » qualifie bien la grille du château. L’endroit semble superbe, immaculé, comme le montre le terme « blancheur ». Le « joli château » évoque le monde de la richesse, du conte de fées, barricadé contre l’extérieur. Ce château est personnifié par le verbe « frappé » par le soleil, le rendant presque éblouissant, éclatant. De l’autre côté de la route se tient le second lieu décrit par le poète. Derrière les « barreaux symboliques », se tient le petit garçon pauvre. Il est « entre les chardons et les orties », dans un endroit inconfortable. On remarque la présence de nombreux indicateurs de lieu: « derrière », « à côté », « de l’autre côté ». Ces indicateurs permettent au lecteur de se faire une idée très précise du tableau dépeint par Baudelaire. Comme les lieux s’opposent- physiquement et moralement, l’image est d’autant plus claire.

Les deux enfants paraissent n’avoir rien en commun. L’enfant riche sera décrit comme « un enfant », « ces enfants-là », « son maître », « l’enfant », « l’enfant riche ». L’enfant pauvre en revanche est décrit comme : « les enfants de la médiocrité et de la pauvreté », « un autre enfant », « un de ces marmots-parias », « l’enfant pauvre », « le petit souillon ». On remarque cinq occurrences pour chacun. Le premier enfant est décritcomme évoluant dans un « luxe », dans une « richesse ». Il est « beau et frais », et porte des « vêtements de campagne si pleins de coquetterie ». A l’opposé, le second petit garçon est « sale, chétif, fuligineux ». Fuligineux est un adjectif désignant ce qui est sale, plein de suie. De cette manière, le poète oppose la saleté de l’enfant à la blancheur de l’autre garçon.

Ce sont aussi les jouets qu’ils ont qui sont très différents. Le premier joujou est « splendide », « vernis, doré d’une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroterie ». Les deux conjonctions de coordinations marquent l’abondance de l’habit du jouet. Néanmoins, on remarque qu’il n’est pas décrit: sa beauté est la seule chose qui le qualifie. L’identité de l’autre jouet ne nous est donné que plus tard, créante ainsi un effet d’attente: il s’agit d’un « rat vivant ». Les deux jouets ne sont pas dans le même état: ainsi le terme « insouciance », étymologiquement, évoque l’absence de tout mouvement. Le verbe « gisait » peut être vu comme la personnification du jouet étendu sans mouvement, comme mort, s’oppose à « vivant », d’ailleurs, « la vie elle-même » est l’endroit où les parents ont trouvé le rat pour l’enfant. L’accumulation des verbes suggérant le mouvement nous montre que le rat est bien vivant: « agaçait, agitait et secouait ».

Dans une première partie, nous avons vu que les deux mondes présentés s’opposent totalement. Mais ce poème est avant tout un apologue dénonçant les inégalités. Ce poème est un poème en prose en forme d’apologue. La première proposition au présent de vérité générale nous l’indique bien « il y a si peu de d’amusements qui ne soient pas coupables ». Cette mise en exergue rappelle les morales placées avant les Fables de La Fontaine, comme par exemple dans Le loup et l’agneau: « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Le sujet est à la fois poétique (l’enfance) et prosaïque (le rat, animal associé à une idée de saleté, d’insalubrité). Le poète s’adresse au lecteur, tel un promeneur à un autre promeneur : « Quand vous sortirez le matin… ». Les personnages ne sont pas nommés (« l’enfant riche », « l’enfant pauvre » : l’article défini a à la fois une valeur singulière et générique). Cette scène pourrait être vue par n’importe quel promeneur. De plus, le cadre spatio-temporel est suffisamment vague pour acquérir une dimension générale grâce aux déterminants indéfinis: « sur une route », « un vaste jardin », « un joli château ». Il peut s’agir de n’importe quels route, jardin, château. Le thème est avant tout celui de la fraternité, comme on peut le voir dans le champ lexical de ce domaine: « fraternellement », et « égale » écrit en italique donc souligné par le poète.

Les « deux enfants » sont face « l’un à l’autre »: il n’y a plus aucune différenciation, plus aucune hiérarchie entre eux. C’est bien la question de la différence sociale qui est dénoncée dans ce texte. Les champs lexicaux de la richesse et de la pauvreté s’opposent dans cet extrait. Le « luxe », la « richesse », « splendide », la « robe pourpre » s’opposent au champ lexical de la pauvreté: « médiocrité », « pauvreté », « misère ». Le poète fait le choix du registre de langue familier avec « marmots », « souillon », destinant son poème à un lectorat plus large qui comprendra ces termes. Le « paria » possède un sens particulier: c’est celui qui est méprisé, repoussé de tous. C’est enfin la reprise du substantif « blancheur » à la fin du texte qui souligne la fraternité possible entre les enfants, leurs rires étant « d’une égale blancheur ».

Enfin, c’est bien le poète qui se met en scène dans ce poème. Il prend d’ailleurs la première personne « Je » dans les premières lignes. Il est celui qui pourra « deviner une peinture idéale sous un vernis de carrossier ». Nous sommes bien dans la vision de la poésie selon Baudelaire: la capacité de voir le beau derrière le sale, l’insouciance universelle de l’enfance derrière chaque rire d’enfant. Les démonstratifs « ces vêtements », « ces enfants », « ces barreaux », « ce joujou », le pronom démonstratif « c’était », le présentatif « voici » ont une valeur déictique (ils n’ont de valeur qu’en étant activés par les yeux du poète): quelqu’un, le poète, nous donne à voir ce tableau, comme s’il se tenait sur la route entre les deux enfants et qu’il s’adressait au lecteur. Le point de vue est omniscient : le « on » nous le montre bien: la description sera ponctuée de remarques laissant voir le discours du poète. C’est particulièrement notable dans l’exclamation de la première phrase: « il y a si peu d’amusements qui ne soient pascoupables! ».

Dans un premier temps nous avons vu que ce poème met en scène deux mondes que tout s’oppose. C’est d’abord dans le lieu, puis dans les portraits des deux enfants, et enfin dans leurs jouets que les oppositions sont très marquées. Dans un deuxième temps, nous avons vu ce poème est avant tout un apologue dénonçant les inégalités. En effet, la forme de la prose permet de dépasser le simple jugement social. C’est par la voix du poète que le message nous arrive. Cet objectif sera le même que celui déjà amorcé dans Les Fleurs du mal, recueil au titre oxymorique qui portera en lui même cette beauté toute subjective.

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