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Commentaire composé du Chapitre XXI de Gargantua, François Rabelais, 1534, 3 pages

Commentaire composé de Gargantua Chapitre XXI, Rabelais, 1534.

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Plan détaillé:

I Une critique de l’éducation sophiste

II Démesure et humour au service de l’humanisme

Le XVI ème siècle est celui de l’audace. Si le Moyen-âge avait négligé le grec, les auteurs du XVI ème siècle feront la part belle à cette langue et à ses textes. Ce trait sera d’ailleurs l’une des principales caractéristiques de l’humanisme. Ce mouvement littéraire mettra un point d’honneur à développer l’idée d’un « honnête homme ». S’opposant à toute forme de dogmatisme et cherchant à faire rire le lecteur, Rabelais, figure littéraire du XVI ème siècle, sera avec Erasme l’un des principaux représentants de l’humanisme. L’auteur utilise les personnages des géants pour illustrer les tords des hommes. Dans cet extrait de Gargantua, situé au chapitre XXI, l’auteur critiques les principes de l’éducation sophiste qui a jusque là été donnée au jeune géant. Mais plus encore, l’auteur profite de ce moment pour laisser éclater une critique féroce de l’Eglise – d’un point de vue humaniste. Comment? Avant de montrer comment la démesure et l’humour sont ici au service de l’humanisme, l’auteur critiquera l’éducation que les sophistes ont donné à son géant.

Tout d’abord, Rabelais critique les principes de l’éducation sophiste. Cette dernière néglige deux éléments essentiels: le développement du corps, mais aussi l’éveil de l’esprit.

Les habitudes que le jeune géant a pris chez les sophistes sont catastrophiques: le jeune géant n’a aucune notion d’hygiène. Le matin, il se lève quand il le souhaite, selon les préceptes d’un certain « David » que Gargantua répète sans réfléchir. Ses anciens professeurs considéraient que se peigner et se laver étaient « perdre son temps en ce monde ». L’énumération des verbes à l’imparfait « fientait, pissait etc. » montre ces activités s’enchaînant les unes après les autres, sans transition, comme si le géant était une machine. De plus, l’activité physique de Gargantua chez les sophistes consiste uniquement à sauter sur son lit. Chez les sophistes, Gargantua ne se nourrit que de gras, comme on peut le voir: « quatre de ses gens lui jetaient l’un après l’autre en continu de pleine palées de moutarde ». Ponocrates lui fait remarquer qu’il « ne doit pas se nourrir aussi vite au sortir de son lit sans avoir fait quelque exercice ». La nourriture doit servir à mieux se préparer à l’activité physique et intellectuelle. Dans l’éducation humaniste, le corps n’est pas négligé et fait l’objet de nombreux soins : hygiène rigoureuse, exercices physiques variés et réguliers.

Mais c’est surtout la manière d’étudier de Gargantua chez les sophistes qui est critiquée ici. Au début du texte, Ponocratès cherche à observer comment a été éduqué Gargantua. La gradation à rythme ternaire « sot, niais et ignorant » montre à quel point l’élève n’a rien compris et est aujourd’hui une tête vide. Avec eux, le géant ne fait qu’une seule activité: il écoute la prière et la récite par coeur. Ici l’auteur critique l’unique intérêt des théologiens de l’époque. Lorsque Gargantua étudie « une méchante demie-heure », il ne pense qu’à son ventre, comme on peut le voir avec la métaphore « son âme était en cuisine ». Les fondements mêmes de l’éducation des sophistes n’ont aucune valeur pédagogique: il ne s’agit que de répéter le conseil au « pape Alexandre VI », et deux vers « Lever matin n’est point bon heur, Boire matin est le meilleur ». On peut relever une personnification avec l’adjectif qualificatif « emmitouflé » qui qualifie le « gros bréviaire ». Le poids du livre est comparé avec de la « graisse », ce qui ramène le contenu du livre à un élément bas, du champ lexical de la cuisine. Le champ lexical de la cuisine se poursuit avec « sirop de vignoble », « épluchait », « grain par terre ». Gargantua apprend ses leçons, et le superlatif « plus que » nous montre bien la mémoire prodigieuse du géant. L’hyperbole sur les « seize ermites » insiste sur cette idée.

L’auteur confronte les deux méthodes pédagogiques au lieu d’en imposer une seule. Mais il utilise surtout deux éléments très efficaces pour persuader le lecteur: la démesure et l’humour.

L’auteur montrera tout d’abord que l’éducation des sophistes n’est pas adaptée en utilisant les armes de la démesure. Gargantua se lève très tôt. Tous les instants sont consacrés à l’apprentissage. Mais l’humour n’est jamais loi: les journées du géant sont-elles de vingt-quatre heure? Le programme semble irréalisable, c’est pourquoi Rabelais utilise le personnage d’un géant : c’est bien utile pour montrer que la soif de connaissance des humanistes est à la mesure de la démesure des géants et de leur faim insatiable. On relève l’utilisation récurrente des adjectifs numéraux comme par exemple « vingt six à trente messes », « onze quintaux six litres ». Ces accumulations d’adjectifs montrent la démesure et donc le comique. C’est dans la description de comment Gargantua se nourrit que l’on note surtout la démesure: l’accumulation de sa nourriture nous montre que son appétit est insatiable: « douzaines de jambons, de langues de boeuf fumées, de caviar, d’andouilles ». La démesure ne sert pas à Gargantua, qui mange jusqu’à ce que « la peau de son ventre était bien tendue ». Ici, l’excès montre ce contre quoi l’éducation de Ponocratès s’érige: il ne faut pas manger autant et jusqu’à l’excès.

Le comique est l’autre arme qu’utilise Rabelais pour nous faire passer son message. La réaction de Gargantua à la remarque de Ponocratès sur son manque d’exercice nous paraît disproportionnée: « Quoi? Je n’ai pas fair un exercice suffisant? Je me suis vautré six ou sept tours au milieu du lit avant de me lever. Ce n’est pas assez? ». On remarque bien que Gargantua n’a pas idée de ce qu’est véritablement l’exercice physique qui lui est nécessaire avant d’étudier. Le comique de répétition accentue l’absurdité de l’excès de boisson, comme on peut le voir avec « à tas, à tas, à tas ». L’assonance de sons en (a), associé au substantif « canes » qui suit, rend l’expression véritablement sonore. De plus, c’est dans ses habitudes religieuses que l’auteur tourne en dérision la religion en la rendant matérielle, vulgaire alors que Gargantua est censé apprendre à être spirituel. Le diseur est « emballé comme une huppe », et a apparemment bu, comme le montre le « sirop de vignoble » qu’a bu le moine. Ici l’image donnée de l’homme d’église est véritablement comique. De plus Gargantua ne pense qu’à manger, et le comique de situation est exacerbé par ses pieds que l’on « voyait enfler » à force d’avoir trop bu. L’image du géant repu participe au rire du lecteur qui regarde alors Gargantua avec beaucoup de tendresse.

Dans une première partie, nous avons vu que la critique de Rabelais contre l’éducation des sophistes tient en deux points: l’absence de soin corporel ainsi que l’absence d’éducation intellectuelle. Dans une deuxième partie, nous avons vu que la démesure et l’humour servent à Rabelais pour se moquer et contribuer à une satire féroce de la religion. En accordant autant d’importance à l’esprit qu’au corps, Rabelais reprend le modèle antique du « mens sana in corpore sano » (un esprit sain dans un corps sain). Cette critique de la religion s’étendra dans d’autres chapitres de Gargantua, notamment les chapitres de combat qui montreront Frère Jean se battre tel un soldat contre l’armée de Pichocrole.

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