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 du « 3 juin » à « je l’avais pensé souvent » Extrait de Le Horla, Maupassant, 1887

Commentaire composé:
 du « 3 juin » à « je l’avais pensé souvent »

Extrait de Le Horla, Maupassant, 1887

 

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Commentaire composé:
du « 3 juin » à « je l’avais pensé souvent » Extrait de Le Horla, Maupassant, 1887:

Plan:

I Un récit fantastique

II) Un bâtiment effrayant

III) Une mise en abîme du récit

Le XIX ème siècle est celui de la littérature fantastique. Inspiré d’écrits originaires des Etats-Unis et d’Angleterre, ce genre faisant la part belle à l’horreur et aux éléments surnaturels a trouvé sa place en France grâce, notamment, aux traductions d’Edgar Allan Poe par Charles Baudelaire. Guy de Maupassant, auteur normand né en 1850, fera partie des auteurs inspirés par ce genre. Malade de la syphillis, l’auteur souffrira d’hallucinations jusqu’à sa mort. Dans Le Horla en 1887, l’auteur décrit un malade croyant être possédé par une forme démoniaque. Notre extrait relate deux entrées dans le journal du narrateur du Horla: ces deux entrées se situent dans les premières pages de la nouvelle et datent du 3 juin et du 2 juillet. Le narrateur y relate son séjour au Mont Saint-Michel et son retour chez lui. Une ellipse de 29 jours sépare donc les deux entrées. Comme dans une lettre à un ami, le narrateur s’enthousiasme de son départ, décrit le monument qu’il voit, s’en émerveille, et relate une anecdote qu’un prêtre lui a raconté. Malheureusement, l’entrée du 3 juin ainsi que la nature terrifiante du récit du prêtre ne nous permettent pas de comprendre ce texte comme un récit de voyage. Alors, pourquoi avoir ajouté ce passage? Cet extrait formerait-il une mise en abîme du récit tout entier? Si nous verrons d’abord que le récit contient tous les éléments du récit fantastique, nous constaterons qu’il offre un cadre nouveau à la nouvelle, tel une mise en abîme du récit tout entier.

C’est d’abord dans un récit fantastique à part entière que le narrateur nous relate son journal. Le monument exerce sur le narrateur un magnétisme bien particulier.

Dès le début de l’extrait, le narrateur pose le cadre d’un récit qui aura toutes les caractéristiques du récit fantastique. Il s’exclame face à la baie du Mont Saint-Michel : « quelle vision! », à tel point qu’il en pousse « un cri d’étonnement ». La baie est « démesurée », « jaune ». Le Mont Saint-Michel apparaît comme « étrange », tel un « fantastique monument » au milieu d’un « fantastique rocher ». La répétition de l’adjectif « fantastique » montre l’insistance du narrateur pour souligner l’impression que le monument a eu sur lui. Plus que cela, l’endroit apparaît comme une personne exerçant une attraction sur le narrateur. La personnification est vérifiée dès le début du troisième paragraphe « dès l’aurore, j’allai vers lui ». Le Mont Saint Michel est décrit comme un monument fantastique: le cadre est posé par le narrateur. Le lecteur connait d’emblée la nature de l’environnement décrit.

Par la suite, le narrateur se concentre sur lui même et ouvre la porte de ses pensées au lecteur. La récurrence des nombreux pronoms personnels « je », « j’ », « je », « j’ », « j », « j », « j », « je » nous indique que nous entrons dans les pensées et les actes du personnage. Nous avons quitté la pittoresque description du Mont, et à l’image du personnage qui arrive sur l’île, nous entrons dans ses pensées. Les verbes d’action sont plus nombreux « j’allai », « j’approchais », « j’atteignis », « gravi », « j’entrai ». Cette immersion dans l’intime du narrateur est une des caractéristiques du fantastique, évènement strictement personnel ne concernant que le narrateur.

L’arrivée au Mont Saint-Michel du lecteur débute donc par une description fantastique du Mont et par l’immersion dans les pensées du personnage. Il est temps de voir que l’enthousiasme du narrateur ainsi que sa fascination pour le Mont nuanceront cette entrée en matière fantastique.

L’enthousiasme du narrateur apparaît comme exagéré. Le passage débute par l’espoir du narrateur de faire « un petit voyage » qui le « remettra ». On sait le narrateur en proie à un mal récent, qui le prend la nuit, et dont il ne connait pas l’origine. Le récit est rétrospectif: le narrateur a changé de lieu. Il y a rupture nette sur le plan spatial, mais aussi dans le mal du narrateur, lorsqu’il revient, il est « guéri ». Cela contraste fortement avec l’entrée du 3 juin « la nuit a été horrible ». Le panorama gothique du Mont n’enlève en rien l’enthousiasme du narrateur : « Mon père, comme vous devez être bien ici! » le narrateur s’exclame au prêtre qui lui fait visiter le lieu, enthousiasme contrecarré par la réponse évasive du père « il y a beaucoup de vent ici ». L’enthousiasme face à sa guérison, sa visite et sa rencontre avec le père apparaissent comme une marque de naïveté que le narrateur ne peut pas se permettre. D’une certaine manière, cette naïveté fait se resserrer autour de lui l’étau de l’angoisse qui le retient chez lui. Le bâtiment du Mont et sa description ne feront qu’augmenter cette angoisse tout en en montrant la fascination que l’endroit exercera sur le narrateur.

Le Mont est décrit en détail comme à la fois beau et fantastique, ce qui laisse entrevoir la fascination du narrateur pour le lieu ainsi que l’effroi qu’il provoque. L’extrait regorge alors de comparaisons qui mêleront beauté et peur: « dès l’aurore » face à « la veille au soir », cet « énorme bloc de pierre » face à la « petite cité ». Le bâtiment est « vaste comme une ville, pleine de salles basses écrasées ». Ce « gigantesque bijou », est « aussi léger qu’une dentelle ». Il s’étend dans « le ciel bleu des jours, le ciel noir des nuits ». Dans la fin du paragraphe on retrouve les motifs gothiques et fantastiques de l’escalier dont les « têtes bizarres » sont « hérissées de chimères, de diables, de bêtes fantastiques, de fleurs monstrueuses », pourtant « reliés l’un à l’autre » par de « fines arches ouvragées ». À l’image du narrateur, les « fines arches » semblent trop frêles pour tenir ce bestiaire « fantastique » et d’images « monstrueuses ».

Le bâtiment exerce une forte fascination sur le narrateur, fascination expliquée par l’enthousiasme apparent du narrateur. Mais c’est dans le récit du prêtre que la mise en abîme peut véritablement prendre forme.

Le prêtre qui fait visiter le Mont au narrateur lui relate une légende concernant un berger traînant derrière lui deux animaux ayant tête humaine. Ce récit véritablement effrayant, enchâssé dans le récit du séjour, effraye le narrateur le « frappe beaucoup ». Le narrateur a véritablement peur de cette histoire qui lui est racontée: il se sent en danger. Le prêtre décrit des voix que les habitants « du mont, prétendent que l’on entend parler des voix la nuit ». Ici la légende concerne ce que les habitants considèrent comme un fantôme. Le conte, la légende, font partie du folklore et renforcent le monde réaliste dans lequel va se développer le fantastique. « Il me raconta des légendes, toujours des légendes ». Ici, plus que du fantastique, le surnaturel fait ici irruption de manière brutale dans la visite du Mont Saint-Michel. Ce récit effrayant touche le narrateur qui se souvient de ses propres angoisses, le berger n’ayant pas de visage, tel le Horla qui dérange tant le narrateur. Ce récit du prêtre peut se lire comme une légende dans le récit du voyage, lui même enchâssé dans la nouvelle. Or les éléments nous permettant de faire le lien avec l’aventure du narrateur chez lui, et la peur de ce dernier nous indiquent que peu d’efforts seront à faire pour que le lecteur et le narrateur y voient un avant gout de l’effroi qui prendra le narrateur dans la suite de la nouvelle, le menant à sa perte. D’ailleurs, c’est aussi le cas de la discussion qui suit avec le prêtre.

Le narrateur décide alors de débattre avec le prêtre sur la véracité de cette légende. S’en suit un débat sur l’invisible et le visible, le narrateur en vient à s’interroger, comme il interrogera le prêtre: « Je dis au moine: y croyez-vous? ». Si le doute est la clé de voute de la nouvelle fantastique, on peut remarquer que la présence d’un homme d’église rend cette fin d’extrait encore plus troublante. De par sa qualité, le prêtre devrait avoir une réponse toute faite. Or il n’en est rien, et son explication laisse la place au doute « Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe? ». Le narrateur finit donc lui aussi par hésiter: « Cet homme était un sage ou peut- être un sot ». Il s’identifie au prêtre et avoue que « ce qu’il disait là, je l’avais pensé souvent ». Le lecteur sait bien de quels questionnements le narrateur parle, ce qui rend très clair la prémonition de la légende du prêtre. On peut aussi remarquer que le prêtre inclut « les grands navires » dans la liste de « ce qui existe », rappelant le navire blanc aux fanions rouges par lequel arrive le Horla chez le narrateur, dès la première entrée de son journal. L’horrible légende racontée par le prêtre et le débat qui s’en suit montrent bien tout l’intérêt de ce passage: plus qu’un récit dans le récit, il montre un avant-goût de ce qui arrivera au narrateur. Tel le récit, l’extrait se termine par un doute persistant du narrateur, et du lecteur. La mise en abîme se referme sur la fin de l’extrait.

Loin d’être un simple « récit de voyage », cet extrait se pose comme un moment clé du Horla. Nous avons montré que bien que comprenant tous les éléments fantastiques « classiques » d’une nouvelle de ce genre, le récit dépasse la simple anecdote pour se transformer en véritable prémonition que le narrateur- ainsi que le lecteur, voudront ou non entendre. L’extrait, de par sa composition et sa résonance avec le reste du texte, se place comme une mise en abîme de la nouvelle dans son intégralité. Force est de comparer cet extrait, avec celui de la séance d’hypnotisme à Paris (ajoutée elle aussi dans la nouvelle version du texte), jouera le même rôle de mise en abîme du texte.

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