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Commentaire chapitre V, L’Emile, Jean-Jacques Rousseau, 5 pages

Commentaire Emile de Rousseau

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

 

Commentaire littéraire de L’Emile, chapitre V, de « Faites-en une honnête femme » à « …ni le nôtre », Jean-Jacques Rousseau, 1762.

Plan détaillé:

I Un apologue pour une société à changer…

II …par l’éducation des jeunes filles.

Le XVIII ème siècle sera celui de la raison. Le mouvement littéraire, philosophique et politique des Lumières fera en sorte de lutter contre l’absolutisme de l’Ancien régime. Si en 1762 la société reste résolument basée sur des principes féodaux, quelques auteurs s’insurgent déjà et réclament un monde plus juste, plus égalitaire. Parmi les auteurs des Lumières, l’écrivain Suisse Jean-Jacques Rousseau, né en 1712 et mort en 1778, se fera le porte parole d’un homme qu’il voudra résolument tourné vers la nature, en harmonie avec les siens. Dans des oeuvres tels Les rêveries d’un promeneur solitaires ou encore Les Confessions, l’auteur plonge en lui-même afin donner l’exemple d’un homme comme les autres. Il propose sa vision des choses dans des textes plus politiques marqués comme Du Contrat social ou L’Emile. Dans ce texte, l’auteur propose ses idées à propos d’éducation. Le livre relate les aventures d’Emile, jeune garçon, qui sera formé tout au long du roman. Dans le chapitre V du livre V, Emile rencontre Sophie, une jeune fille qu’il épousera. L’incursion de ce nouveau personnage permet à l’auteur de nous livrer ses idées concernant l’éducation des jeunes filles. Néanmoins, la verve est présente, et le texte possède une portée didactique claire. Ainsi, comment Jean-Jacques Rousseau fait-il d’un traité d’éducation un véritable apologue pour la cause des femmes? Avant de montrer que c’est par l’éducation des jeunes filles que Rousseau souhaite modifier la société dans son ensemble, nous verrons que l’auteur nous livre un apologue nécessaire à une situation bien sombre.

Tout d’abord, l’auteur nous propose un texte argumentaire que le contexte historique oblige.

Les premières lignes de ce texte placent l’extrait sous la forme du conseil, de l’apologue. L’« honnête homme » est, dans la fin du XVIII ème siècle, l’idéal des Lumières. A la manière d’une fable dont la morale serait au début du texte, l’auteur nous donne sa thèse dès la première phrase, mise en exergue par la reprise à la ligne du premier paragraphe. L’usage des questions rhétoriques va dans ce sens: l’auteur pose au lecteur des questions dont il a la réponse. De fait, les réponses aux questions permettent à l’auteur de déployer sa thèse. L’usage du futur à valeur gnomique inscrit ces questions comme ayant une conséquence pour l’avenir « l’homme fera t-il sa servante de sa compagne? ». De la même manière, l’usage des pronoms indéfinis « la femme et l’homme » montre l’universalité du message que cherche à donner Rousseau. Sa thèse est exposée de façon mathématique: « soit que je considère » est répété dans une énumération à rythme ternaire. « Tout concourt » à « indiquer la forme d’éducation qui lui convient ». Partout où regardera l’auteur, les principes de son éducation conviendront mieux que l’état actuel des choses. Suivant la logique rhétorique classique, l’auteur prend des exemples: « il faut qu’elles plaisent », « il faut qu’elles soient reconnues ». Ces exemples sous forme d’accumulation permettent à l’auteur de plaindre les femmes, donc de rentrer dans le registre pathétique, pour mieux convaincre. L’effet général est que la tâche des femmes est immense et presque perdue d’avance. Le lecteur est ému par cette prestation. Ce que propose l’auteur a donc encore plus d’importance. Dans la fin du texte, on retrouve le futur à valeur prophétique auquel s’ajoute l’adverbe de temps: « tant qu’on ne remontera pas à ce principe ». Modeste, Rousseau ne dit pas « vous », mais « on »: il a lui aussi a des progrès à faire pour l’éducation des jeunes filles. Rappelons enfin que L’Emile est un texte -normalement- narratif, Emile fait son éducation et rencontre Sophie. Rien de tout cela ici, nous sommes bien dans le genre de l’essai, voir du pamphlet.

  C’est parce que le contexte est sombre que l’auteur peut nous faire passer son message. En effet, la situation des jeunes filles de l’époque apparaît véritablement critique pour l’auteur. Elles sont « élevées dans l’ignorance de toute chose », telles « des servantes » que l’homme cherche à « asservir ». Les femmes sont « tout à la volonté de leurs maris », mais rien ne suffit. La femme est un objet que l’homme asservit. Il lui empêche de ne « rien sentir », « rien connaître ». C’est tout un carcan sociétal que démonte Rousseau dans la dernière phrase de son premier paragraphe. Au présent de vérité générale, l’auteur concède que les femmes « doivent apprendre beaucoup de choses, mais seulement celles qu’il leur convient de savoir ». Ce « il », sujet explétif, introduit un nouveau sujet: la société, les codes de bonne conduite, les normes conservatrices de l’Ancien régime. C’est surtout face à l’homme que la femme est déconsidérée: les hommes dépendent des femmes par leurs désirs; les femmes dépendent des hommes par leurs désirs et par leurs besoins ». La construction sous forme de chiasme laisserait le lecteur penser que les besoins des hommes et des femmes seraient identiques – il n’en est rien et la coordonnée « et par leurs besoins » montre l’ inégalité des besoins. On retrouve ce parallélisme dans le troisième paragraphe: « L’homme, en bien faisant, ne dépend que de lui-même, et peut braver le jugement public ; mais la femme en bien faisant, n’a fait que la moitié de sa tâche ». Les besoins sont vitaux et rappellent la vie de misère à laquelle est condamnée une femme sans mari: elle ne peut vivre (« nous subsisterions plutôt sans elles qu’elles sans nous »). De l’homme et de ses desiderata dépendent les femmes « pour qu’elles soient dans leur état, il faut que nous le leur donnions ». La complétive montre bien la nécessité à laquelle sont soumises les femmes. Grands seigneurs, les hommes doivent avoir cette volonté: « que nous voulions le leur donner ». Enfin, elles subissent constamment « les jugements des hommes », sur tout un tas de sujets divers et variés. La reprise « Il ne suffit pas qu’elles » à trois reprise associées à la réponse « il faut que » insiste sur la dureté de la tâche. Cette accumulation montre bien quel point cet objectif est difficile à atteindre.

Dans une première partie, nous avons montré que Rousseau rédige un apologue vis à vis d’une situation très sombre. Il est désormais temps de voir plus clairement ce que l’auteur propose comme solutions pour les jeunes filles. En effet, l’auteur nous livre les principes d’une éducation qui pourrait potentiellement avoir un impact sur l’ensemble de la société.

Tout d’abord, l’auteur rappelle l’inclination naturelle des femmes. En personnifiant la nature, l’auteur rappelle l’un des thèmes clés de sa philosophie. La nature veut « qu’elles pensent, qu’elles jugent, qu’elles aiment, qu’elles connaissent, qu’elles cultivent leur esprit ». Dans cette accumulation de complétives à fonction complément d’objet direct, l’auteur exprime bien l’objectif des Lumières, le mouvement littéraire dont il fait partie. Plus que par des révolutions, c’est par un retour vers la nature que l’homme se réalisera. Dans ce discours rapporté, l’auteur insiste sur le destin grandiose qui appelle les femmes. Il rend leur rêve accessible, car comme c’est dans leur nature, elles ne peuvent qu’arriver à leurs objectifs. Ces derniers sont d’ailleurs extrêmement novateurs pour l’époque, l’auteur utilisant les deux termes « armes » et « diriger » pour montrer que les femmes doivent prendre le pouvoir. D’ailleurs, l’auteur va même plus loin: parce qu’on demande beaucoup à la femme, son éducation doit être unique, inédite, comme l’auteur le dit ici: « le système de son éducation doit être à cet égard contraire à celui de la nôtre ». L’éducation qu’il leur faut pour atteindre ce but est de développer leur esprit critique, d’enfin atteindre ce que la nature leur implore de faire. Pour cela le jugement des hommes doit cesser, car « l’opinion est le tombeau de la vertu parmi les hommes, et son trône parmi les femmes ». Les hommes ont leur part de responsabilité, car ils sont aujourd’hui responsables de l’éducation des femmes. Ainsi l’auteur donne des clés précises applicables à la seconde même, sans attendre que les femmes aient acquis plus de droits. Le véritable destinataire de cet extrait serait donc les hommes, si « toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes ».

Si les hommes doivent bien s’occuper des femmes, c’est aussi à elles de se montrer obligeantes et de partager la relation respectueuse qu’un homme et une femme peuvent avoir. C’est comme cela que le cercle se refermerait et permettrait l’harmonie de la société: les femmes, vis-à-vis des hommes, doivent « leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux ». Ici aussi, l’énumération des groupes verbaux propose des conseils presque sous forme de liste. Mais c’est surtout en direction des enfants que l’auteur se tourne afin de montrer l’impact d’une telle éducation féminine. Si les femmes sont jugées par les hommes, leurs enfants le sont aussi, comme on peut le voir: « tant pout elles que pour leurs enfants, sont à la merci des jugements des hommes ». Respecter, donner une bonne éducation aux femmes revient à éduquer leurs enfants et à viser une société universellement éclairée. En toute logique, « De la bonne constitution des mères dépend d’abord celles des enfants; du soin des femmes dépend la première éducation des hommes ». Ici le parallélisme de construction avec groupe prépositionnel placé en exergue donne un effet poétique à cet extrait, accentué par le présent à valeur gnomique. Comme on peut le voir, Rousseau donne un rôle prédominant aux femmes et les place comme actrices d’une société véritablement nouvelle. Ainsi, en parlant des hommes, « des femmes dépendent encore leurs moeurs, leurs passions, leurs goûts, leur bonheur ». Ici l’énumération évolue vers la gradation, rendant les femmes garantes du bonheur des hommes. La boucle serait bouclée et la société véritablement transformée grâce à une façon de faire égalitaire et juste: une façon de faire des Lumières.

Dans ce passage de L’Emile, Jean-Jacques Rousseau nous propose sa vision de l’éducation des jeunes filles. Dans un premier temps, l’auteur nous livre un apologue face à une situation qu’il décrit comme sombre et déplorable. L’éducation des filles paraît comme un moyen de modifier profondément la société. Force est de constater que dans la Déclaration de la femme et de la citoyenne, si Olympe de Gouges critique les hommes des Lumières, cette dernière se place dans le droit héritage d’un auteur résolument moderne.

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