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Commentaire Andromaque Acte I scène IV, Racine, 1667

Commentaire Andromaque Acte I scène IV, Jean Racine, 1667

 

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Commentaire rédigé de l’acte I scène IV d’Andromaque, de Jean Racine, 1667.

Plan:

  1. Un chantage amoureux…

II. … pour Andromaque qui reste digne.

Le XVII ème siècle est celui de la raison. Après avoir longtemps connu les guerres de religion, la France retrouve, pendant le règne de Louis XIV notamment, une stabilité économique, politique, religieux. C’est dans ce contexte que le classicisme va pouvoir se développer. Ce mouvement s’inscrit à l’inverse du mouvement littéraire précédent, le baroque, dont le style était surchargé et hyperbolique. A l’inverse, le classicisme cherchera à respecter plusieurs principes: les règles de bienséance, de vraisemblance, et les trois unités au théâtre (temps, lieu, action). C’est au théâtre justement que s’illustrera Jean Racine (1639-1699), reconnu pour la pureté de sa langue et l’éclat de ses alexandrins. C’est dans des pièces comme Phèdre, Britannicus ou Andromaque que l’auteur revisitera des thèmes antiques, un des autres principes du classicisme. C’est la suite de la guerre de Troie qui occupe la pièce Andromaque, la première pièce de Racine. Andromaque, la femme d’Hector (héros Toyen) devient la captive de Pyrrhus (fils d’Achille, qui a tué Hector). Pour sauver son fils, Astyanax, Andromaque va s’exposer à un terrible dilemme : épouser Pyrrhus et sauver son fils ou rester fidèle à Hector et le condamner. Dans la scène IV de l’acte I, Pyrrhus montre son vrai visage et l’étau se referme autour d’Andromaque. Comment, dans cette prétendue déclaration d’amour, Pyrrhus cache t-il son chantage? Dans une première partie, nous analyserons le chantage de Pyrrhus avant de montrer qu’Andromaque n’y cède pas dans une deuxième partie.

Le chantage de Pyrhus se déclinera en deux temps: c’est un amoureux passionné qui se présente devant Andromaque. Ensuite, Pyrrhus se présente comme le seul pouvant effectivement sauver Andromaque.

Pyrrhus déclare son amour à Andromaque en s’adressant à de nombreuses reprises à elle en des termes élogieux: tout ce qu’il possède lui est destiné, comme on peut le voir avec: « je vous offre mon bras », « un cœur qui vous adore », « ces périls où je cours pour vous plaire », ou encore « Un cœur que vous me retenez ». En unissant constamment les pronoms personnels « vous »/« mon », « je »/« vous » Pyrrhus unit son destin à celui d’Andromaque. Pyrrhus se présente comme une victime du refus d’Andromaque, et dit souffrir énormément.  Il est « la proie » des remords qu’elle lui inflige. Pyrrhus est « vaincu, chargé de fers ». De manière subtile, Pyrrhus réussit à inverser les rôles: il souffre plus qu’elle, comme on peut le voir: « Brûlé de plus de feux que je n’en allumai », ou encore dans la gradation au rythme ternaire « Tant de soins, tant de pleurs, tant d’ardeurs inquiètes ». L’usage de l’hyperbole (« combien de remords », « mille vassaux »), et l’anaphore de « tant de » amplifient la souffrance de Pyrrhus. Même s’il est conscient de ses actes pendant la guerre, comme on peut le voir dans l’aveu: « Je souffre tous les maux que j’ai fait devant Troie », le refus d’Andromaque est ce qui le fait le plus souffrir. Personne ne semble plus cruel qu’Andromaque « Hélas ! Fus-je jamais si cruel que vous l’êtes ? ».

Plus que de l’amour, Pyrrhus offre à Andromaque sa vie et son bras de guerrier. L’homme sait bien que la reine est en position de faiblesse. L’imparfait du subjonctif dans les répliques « Mais dussent-ils », « coûtât-il », « Dussé-je » fait entrevoir le pire à Andromaque: qu’arriverait-il à son fils si les ennemis revenaient? Pyrrhus la protègerait, comme il l’explique dans la tournure au gérondif « En combattant pour vous », ou dans le chiasme « Je défendrai sa vie aux dépens de mes jours ». Pyrrhus exagère ses exploits au combat pour impressionner Andromaque, grâce à l’hyperbole : « Tous les Grecs m’ont déjà menacé de leurs armes », ou plus loin « haï de tous les Grecs, pressé de tous côtés ». Leurs objectifs sont les mêmes: « Nos ennemis communs devraient nous réunir », c’est bien une alliance stratégique que propose Pyrrhus. Pyrrhus va même jusqu’à se poser en figure paternelle pour Astyanax: « Je vous rends votre fils et je lui sers de père ». Mais la défense de son fils ne se fera que si Andromaque cède, d’où l’intérêt du subjonctif et du futur, comme on peut le voir avec « Je défendrai », « me refuserez-vous », « Me faudra-t-il », ou encore  « vous accepterez ». Le chantage est donc réel. L’ennemi se montre donc sous son vrai visage, comme on peut le voir dans la réplique: « Je n’épargnerai rien dans ma juste colère/ le fils me répondra des mépris de la mère ».

Dans cette première partie, nous avons montré que le chantage de Pyrhus se décline en deux temps: il présente son amour avant de se poser comme le seul pouvant sauver Andromaque. Mais cette dernière ne cédera pas. C’est en parlant de son fils qu’Andromaque trouvera le courage d’affronter Pyrrhus. De plus, elle lui rappelle ses actes pendant la guerre de Troie.

Andromaque va commencer par flatter Pyrrhus. Elle le remercie de sa volonté de sauver Astyanax, comme on peut le voir dans les vers « sauver des malheureux, rendre un fils à sa mère ». Elle va valoriser son tempérament généreux: « un si grand cœur », « un dessein si beau si généreux ». La présence de la conjonction de subordination « si » à trois reprises vise à flatter Pyrrhus. De plus, le champ lexical de la tristesse : « pleurer », « larmes », agit comme un appel à la pitié. L’assonance en [i] traduit les plaintes de cette mère: comme on peut le voir dans les adjectifs « captive » ou « triste ». Mais Andromaque n’est pas dupe et elle voit clair dans les paroles de son ennemi. Dans cette réplique: « De cent peuples pour lui combattre la rigueur/Sans me faire payer son salut de mon cœur » le verbe « payer » est une périphrase qui cache bien ce que Pyrrhus souhaite réellement. On retrouve bien la règle de bienséance typique du théâtre classique.

Mais Andromaque interpelle Pyrrhus, en lui rappelant qu’il est « le fils d’Achille ». Elle lui demande « Seigneur que faites-vous ? Et que dira la Grèce ? ». Andromaque le remet à sa place: il a tué son mari, il est l’oppresseur dont elle est la victime, comme on peut le voir « Qu’à des pleurs éternels vous avez condamnés ». Elle lui rappelle qu’ils sont « ennemis » : « Non, non d’un ennemi respecter la misère ». Elle invoque son défunt mari pour se donner du courage. « Non, vous n’espérez plus de nous revoir encore/Sacrés murs que n’a pu conserver mon Hector », ou encore dans les lignes « Souffrez que loin des Grecs et même loin de vous/J’aille cacher mon fils et pleurer mon époux » . Andromaque préfère encore voir son fils mourir et mourir à son tour que d’épouser Pyrrhus, comme on peut le voir dans la réplique « Hélas ! Il mourra donc. ». En utilisant ce futur, Andromaque montre à Pyrrhus qu’elle est prête à tout pour sauver son fils. Sa mort apparaît presque comme la solution: « Et peut-être après tout…/ Sa mort avancera la fin de mes ennuis/ Je prolongeais pour lui ma vie et ma misère/Mais enfin sur ses pas j’irai revoir son père/ Ainsi tous trois seigneurs, par vos soins réunis… ». Comme elle fait face à la mort, Andromaque se présente comme une héroïne ne cédant pas au chantage de Pyrrhus.

Dans une première partie, nous avons vu la stratégie de Pyrrhus: il se présente comme un amoureux transi qui sera le seul pour sauver Andromaque. Mais nous avons vu que derrière cette déclaration se cache un véritable objectif: convaincre la reine. Cette dernière ne cède pas à ses menaces et à ses avances, se comportant telle une véritable héroïne tragique, comme nous l’avons vu dans la deuxième partie. Les comportements des héros antiques seront examinés dans d’autres pièces de Racine. Dans Britannicus, Agrippine, autre héroïne tragique, s’élèvera elle aussi contre l’oppression venant cette fois-ci de son propre fils, Néron.

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