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Commentaire composé de “Il tourne sur lui-même…” à “… Je suis encore vivant.” extrait de Caligula, Albert Camus, Acte IV, Scène 14, 1944, 5 pages

Commentaire rédigé de « Il tourne sur lui-même…» à « … Je suis encore vivant » Extrait de Caligula, Acte IV scène 14,

Albert Camus, 1944.

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Plan détaillé:

I Un monologue tragique

II Une scène violente

II Un texte philosophique

Le XX ème siècle fut celui de tous les doutes. Il voit traverser la Première Guerre mondiale (1914-1918), ainsi que la seconde (1939-1945). Jamais les régimes autoritaires n’ont fait autant de morts. Ces deux conflits mondiaux changeront la face de l’Europe en de- venir, ainsi que les mentalités des hommes qui la penseront. Parmi eux, les écrivains, les poètes, les dramaturges, seront là pour poser les questions qu’ont soulevé les dérives et les massacres des régimes dictatoriaux. La mort, la violence, les rapports entre les hommes seront à la naissance de questionnements philosophiques féconds en France notamment. Albert Camus fera partie des penseurs qui nourriront le terreau philosophique apporté par ce s questions. Né en 1913 et mort en 1960, sa vie traversera les conflits mondiaux, et sera pré- texte à l’écriture de pièces de théâtre teintées d’existentialisme, la philosophie dominante de l’époque. Ce courant de la philosophie moderne placera l’existence au coeur de sa réflexion, rejetant l’esprit de système et affirmant le primat de la liberté. Afin de poser les questions qui taraudent l’époque, Albert Camus utilisera en 1944 le personnage de l’empereur romain Caligula pour démontrer son propos. Dans cette pièce, nous assistons à la chute de ce personnage, et tout particulièrement à la fin, dans l’acte IV, scène XIV. Cette scène nous montre la fin tragique de Caligula, et à quel point la folie s’est emparée de lui. C’est pour cela qu’il faudra se demander en quoi ce dénouement est-il un faux monologue qui s’articule entre folie et philosophie? Avant de montrer en dernier lieu la portée philosophique de ce dénouement, nous en montrerons la violence, et en quoi il est un monologue délibératif.

Pour montrer que les enjeux délibératifs de ce monologue, il faudra d’abord parler de la prise de conscience de l’échec de Caligula. Ensuite, nous montrerons à quel point ce personnage est humain car il est seul et il souffre.

Tout d’abord, Caligula prend conscience de son échec. Nous pouvons le voir dès la première didascalie « il tourne sur lui même, hagard, va vers le miroir ». Les verbes « tourne » et « va », sont des verbes d’action conjugués au présent, ce qui rend l’action vivante. Le suffixe « -ard » du terme « hagard » nous indique bien cette perte de re- pères. La répétition de « toi aussi, toi aussi » nous montre bien que Caligula est fatigué de lui même, il tourne et se répète tel un disque rayé. Les couples « coupable », « innocent », ainsi que « personne » et « monde » figure d’opposition appelée chiasme. Cette opposition des termes nous montre bien le débat intérieur de Caligula. Les points d’exclamation de le première tirade de Caligula nous montrent son exaspération, l’éclat de son discours. L’opposition « un peu plus, un peu moins », forme ici un oxymore, façon à nouveau de montrer que le personnage réalise le problème auquel il fait face. La prise de conscience est réelle: l’allégorie  « l’innocence qui prépare son triomphe » nous indique que l’ennemi a gagné. Le champ lexical du blâme « dégout », « méprisé » et « lâcheté » forme une sorte d’introspection sous forme de blâme.

En effet, le blâme de Caligula est humain. Les verbes d’action « s’agenouillant et pleurant », « en pleurant » nous montrent que Caligula est désespéré. Le registre pathétique » tend les mains vers le miroir en pleurant » prouve son humanisme et les forts sentiments qu’il ressent. C’est un personnage souffrant, nous pouvons remarquer cela par la répétition « j’ai peur », « j’ai peur ». La métaphore « plein de haine » témoigne de la grandeur de sa douleur intérieure. A cette image s’ajoute celle de la comparaison« la nuit est lourde comme la douleur humaine ». Caligula éprouve ici une expérience sensorielle de la douleur, comparant la pesanteur de la nuit à celle de sa douleur. Le champ lexical de la souffrance et de la solitude « détresse », dans la tournure négative « n’est pas venu ». Le groupe nominal « l’impossible » dénonce son désespoir, le sentiment d’abandon et d’impuissance que Caligula éprouve. Dans la suite du texte, Caligula apparaît comme un personnage pathétique: il en effet très seul et souffre. Cette détresse est amplifiée par l’image de la Lune, astre si près et loin de nous. Cette métaphore « je n’aurai pas la Lune » nous indique que l’objectif de Caligula était dès le départ, impossible à réaliser. L’échec, prévisible à l’époque, semble imminent. La conjonction de coordination à valeur d’opposition « mais » nous montre le débat intérieur de Caligula, qui cherche toujours à délibérer avec lui même. Ce débat se termine par l!euphémisme exprimé par la complétive antéposée à fonction sujet « qu’il est amer ». Ce dernier dit le moins pour dire le plus: Caligula a consumé sa vie, de manière progressive mais complète. Sa sanction personnelle est inévitable.

Le monologue de Caligula peut nous paraître faux. Les litotes « cela ne fait rien » et « ne dure pas » nous montrent le dédoublement du personnage. S’il était effrayé dans le début du texte, il accepte désormais la fatalité de son destin. Ce dédoublement de personnalité se remarque aussi dans le parallélisme « je sais », « tu le sais ». L’antithèse « recule, revient vers le miroir » de la ligne 9 met en évidence à quel point Caligula se cherche, puis se retrouve dans l’espace scénique comme dans lui même. Le personnage se contredit lui même, et oppose dans la même phrase deux termes antinomiques « si compliqué, si simple ». Cela nous donne une impression de manque de cohérence dans son discours. Caligula semble parler à quelqu’un d’autre « toi », « toujours toi ». Cette répétition de le deuxième personne du singulier « tu », « toi » au cours de son monologue démasqué la vérité: Caligula est fou. La périphrase « en face de moi » prouve qu’il parle à son reflet, non à un ennemi.

La prise de conscience de l’échec ainsi que la solitude exposent Caligula à la folie. A cause de cela il s’imagine des fausses situations en se battant psychologiquement avec lui-même. Cela va nous amener vers notre deuxième partie qui reprend la violence avec la fin prévisible et la folie dans lequel son état psychologique le fait sombrer.

Le lecteur sait dès la périphrase que la fin approche pour Caligula: « dans ce monde, ou dans l’autre ». Pour la première fois dans le texte, l’utilisation du futur simple dans la litote « Helicon ne viendra pas »  nous dirige vers le dénouement. Le verbe d’action au gérondif « surgissant » souligne l’ironie tragique: Helicon était attendu depuis longtemps et n!arrivera qu’à la fin de la scène. Le monologue est terminé avec le champ lexical du son qui vient rompre le silence qui entourait les paroles de Caligula: « bruits », « chuchotements », « s’entendent ». L’hyperbole « par toutes les issues » nous montre que Caligula est enfermé, c’est la fin. Depuis le début Caligula sait que la mort l’attend. Il n’y a plus lieu de lutter. La métaphore de la mort « ce grand vide ou le coeur s’apaise » nous montre bien la seule issue que pourra prendre sa vie. L’interrogation rhétorique qui vient après « où étancher cette soif ?» exprime l’impossibilité d’atteindre l’absolu. La périphrase « dans un monde, ni dans l’autre » dénote que la fin ne peut pas être évitée, il n’existe d’endroit vers lequel s’évader. Son apparition était prévisible notamment avec l’impératif anaphorique à valeur de conseil « garde-toi ! », « garde-toi ». La dernière métonymie nous montre l’impossible fuite «par toutes les issues».

Le combat est d’une grande violence. La périphrase « frappe dans le dos », fait transparaître la violence physique subie par Caligula, qui se fait brutaliser. Ce dernier est d’une part, touché « dans le dos » et d’autre part « en pleine figure ». Cherea s’oppose frontalement à Caligula: l’impact du coup en est d’autant plus fort. Cette agression est d’autant plus violente que « tous frappent ». Toutes les personnes présentes en frappent une autre, Caligula. Il réagit d’ailleurs à cette extrême violence comme nous le montre le champ lexical du cri à travers les termes de « rire », « hoquets » et « riant et râlant ». Ces différents termes accentuent la perception de la violence par le lecteur et insistent sur l’agonie de Caligula, stoppée net par le rideau final. A cela s’ajoute le basculement entre la violence psycho- logique et la folie: violence psychologique accentuée par l’anaphore du comparatif « plus », « plus basse, plus concentrée ». L’alternance du verbe d’action et du verbe de parole « recommence à parler » nous montre la violence qui s’est emparée de l’esprit de Caligula. Cette violence psychologique renforce la dramaturgie et ne ressemble pas au personnage.

Dans cette fin attendue, nous assistons à une scène d’une rare violence, à la fois psychologique, cause et conséquence de la folie dans laquelle est tombé Caligula. La chute de ce héros épique laisse le loisir à Albert Camus d’illustrer la portée philosophique de son texte.

Dans « ce monde sans juge où personne n’est innocent » Caligula apparaît comme un le seul rescapé de sa folie. L’hyperbole nous indique qu’il est le seul héros de sa propre destinée. Héros existentialiste, Caligula s’exprime par la formule nihiliste: « rien, rien encore». Il fait alors l’expérience du doute propre à la philosophie existentialiste: « je n’ai pas pris la voie, je n’aboutis à rien ». Cet euphémisme mélangeant passé et présent nous montre le retour réflexif que Caligula porte sur sa propre expérience. L’allégorie « ma liberté n’est pas la bonne » nous laisse entrapercevoir l’autre thème de la philosophie existentialiste, la liberté. « Nous serons coupables à jamais », grâce au pronom personnel collectif prend une tournure universaliste qui illustre les doutes collectifs d’un monde d’après-guerre. L’anaphore « à l’histoire, à l’histoire » nous montre bien le lien que Caligula fait avec le monde extérieur. Caligula, tel un héros épique, « fait » seul « face » (ligne 29) aux responsabilités du monde. L’homme est le seul responsable de sa destinée. Dans un dernier élan, il « hurle » comme un Phénix cherchant à renaître de ses cendres. Le vocabulaire du son animal nous montre le lien entre le héros et l’oiseau.

La métaphore « ce grand vide où le coeur s’apaise » va dans le même sens, le grand vide désignant ici la mort. Caligula sait que la mort l’attend, il n’y a plus lieu de lutter, elle serait même une forme de délivrance. L’emploi de l’imparfait, à « l’amour suffisait » montre l’espérance de Caligula, cette hypothèse permet à ce dernier de se projeter dans une autre conception du monde. Les questions oratoires « quel coeur, quel Dieu? » montrent que Caligula est dans une impasse- la conception de l’existence de Caligula ne correspond pas à la réalité. « Les limites du monde, les confins de moi même » montre bien que Caligula est arrivé au bout de l’introspection, le débat est fini.

Albert Camus met en valeur cette folie humaine qui anime le monde au début du XX ème siècle. Il met également en avant les deux facettes de l’être humain, entre l’ange et le démon. Dans ce faux monologue introspectif, Caligula se présente comme un personnage souffrant qui réalise son échec. Ce monologue délibératif aura pour conclusion un dénoue- ment violent – tant physique que psychique- auquel le spectateur et le lecteur s’attendent. C’est ce qui laisse la place à Albert Camus de nous proposer pour son héros épique une fin à visée philosophique teintée d’existentialisme. Albert Camus n’est pas le premier à utiliser les empereurs romains pour illustrer sa philosophie, en effet, Jean Racine, auteur du XVII ème siècle, avait avant lui aussi utilisé des personnages de l’antiquité romaine comme Britannicus ou Athalie dans un but de pédagogie janséniste.

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