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A une passante étude linéaire Baudelaire

Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.

Etude linéaire de « A une passante », Extrait des Fleurs du Mal, Charles Baudelaire, 1857

Plan détaillé:

1 er Mouvement: La ville comme cadre de la rencontre amoureuse

2 ème Mouvement: Les effets de la rencontre inattendue

De 1853 à 1870, la ville de Paris connaît d’immenses bouleversements : le paysage urbain est en effet profondément modifié par des grands travaux initiés par Haussmann. Paris se métamorphose : les ruelles insalubres cèdent la place à de grands boulevards dessinant une géographie nouvelle. C’est dans ce contexte que paraît, en 1861, la deuxième édition des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. La première version parue en 1857 s’est enrichie d’une nouvelle section intitulée «Tableaux parisiens» qui répond aux nouvelles aspirations poétiques de l’auteur. Charles Baudelaire trouve ainsi dans la ville et les citadins une nouvelle source d’inspiration. Parmi la foule hétéroclite et marginale qui capte l’attention du poète : aveugles, vieillards, petites vieilles, saltimbanques, il s’attache «A une passante» comme l’indique le titre du poème étudié. Ce sonnet raconte une rencontre forcément fugitive avec une inconnue croisée dans la rue. Mais en quoi ce sonnet constitue-t-il une scène de rencontre originale ? Nous montrerons d’abord que la scène de rencontre amoureuse se déroule selon un schéma attendu; puis que le poète accorde une importance particulière au portrait admiratif de l’inconnue. Enfin, nous mesurerons les effets de cette apparition sur le poète.

1 er Mouvement: La ville comme cadre de la rencontre amoureuse

  • Dès le premier vers, Baudelaire nous plonge au sein d’une rue parisienne. « La rue assourdissante autour de moi hurlait». Ici le décor est celui des «tableaux parisiens»: agressif et source de spleen. Le cadre urbain est en effet hostile et bruyant comme le suggère la personnification de la rue avec le verbe « hurlait » à l’imparfait.
  • Le vacarme et la frénésie sont encore rendus sensibles par les assonances en « Ou » et « An », l’allitération en [r] et l’adjectif « assourdissante ». L’effet est amplifié par le double hiatus symétrique du début et de la fin du vers : « rue-assourdissante » (hiatus /u-a/) et « autour de moi-hurlait » (hiatus /a-u/).
  • Le groupe prépositionnel « autour de moi » laisse penser que le poète se sent cerné par l’agitation du lieu. Dans ce contexte, l’apparition de l’inconnue est inespérée.
  • Le vers deux se compose en effet d’une série d’adjectifs et de noms communs apposés mélioratifs dont la distribution dans le vers crée un rythme particulier. La multiplication de coupes crée un effet de cadence majeure (groupes de mots de plus en plus longs : 2-2-3-5) qui mime la démarche dansante de l’inconnue.
  • La description suggère surtout la perfection physique : la silhouette est élancée (« longue, mince »), loin des codes de beauté de l’époque qui célèbrent les courbes généreuses et maternelles, elle est « en grand deuil », c’est à dire tout habillée de noir, mais l’expression connote aussi l’idée d’un beau vêtement.
  • Le déterminant indéfini au vers 3 «une femme passa» joue ici bien son rôle : il désigne un être animé inconnu; il peut aussi retrouver sa valeur numérale: la jeune femme est unique dans la beauté qu’elle incarne. Le verbe passa au passé simple insiste lui sur la fugacité de la vision.
  • L’allitération en [l] associée aux gérondifs au vers suivant « soulevant, balançant, le feston et l’ourlet» renforce l’idée de vivacité et de la grâce. Le raffinement de la passante se trouve encore renforcée par l’association à la rime des deux adjectifs « majestueuse » et « fastueuse».
  • Au vers 5, le corps de la passante est sculptural comme l’indique la métaphore «sa jambe de statue ». Elle incarne la perfection.
  • Charles Baudelaire relate leur rencontre au vers 6. La rencontre aussi soudaine qu’inattendue bouleverse complètement le poète. Le poète est  ébloui par cette apparition. Le vers 6 note la paralysie du narrateur « crispé comme un extravagant» sous l’effet de la fascination. La comparaison « comme un extravagant » c’est-à-dire comme un aliéné (du latin vagari, errer » ) ajoute à l’idée de stupéfaction. L’admiration est évoquée également par les verbes « boire », synonyme de regarder avec avidité, ou encore le verbe « fasciner » : l’homme dévisage la femme dont il admire la beauté avec intensité.
  • Le portrait moral confirme ce que le portrait physique faisait pressentir: la jeune femme intimide par ce qu’elle peut dégager. La métaphore « Dans son oeil livide où germe l’ouragan» , c’est-à-dire un ciel d’orage, annonce une violence contenue. L’ambivalence transparaît à partir de la symétrie (2 fois : nom + proposition relative) du vers 6 : « La douceur / qui fascine // et le plaisir / qui tue » dominée par l’antithèse ; la douceur et le plaisir s’opposent au verbe tuer.

2 ème Mouvement: Les effets de cette rencontre inattendue

  • Au vers 9, le poète a éprouvé un véritable coup de foudre. La phrase nominale exclamative construite sur l’anti-thèse «un éclair …puis la nuit» révèle toute la puissance et la densité de la vision. L’éclair, représentation conventionnelle du coup de foudre, connote en effet l’illumination. La « nuit » elle  exprime la perte, la disparition de la passante, le retour brutal au réel et à la solitude. Les points de suspension marquant une ellipse insistent sur l’idée que ce qui s’est produit relève de l’indicible.
  • La « Fugitive beauté » apostrophe groupe nominal composé d’un adjectif épithète + substantif + proposition relative.
  • Au vers 10, le verbe «renaître» : « Dont le regard m’a fait soudainement renaître » insiste sur cette idée. La vision de la jeune fille, qu’il dote presque de qualités maternelles, a revigoré le poète, cerné par le vacarme et l’agitation de la rue où il ne percevait que médiocrité et laideur. Elle a été la promesse éphémère d’un amour partagé.
  • Au moment où la jeune femme disparaît du champ de vision du poète, le narrateur s’adresse donc à elle à la deuxième personne, et se plaît à imaginer entre eux une complicité amoureuse. L’utilisation de la deuxième personne tend à pallier l’absence définitive de l’ « être aimée » et à créer entre le poète et cette femme une intimité.
  • L’issue de la rencontre ne peut être que tragique. Le désespoir du poète s’exprime à partir de la gradation des indices de lieu et de temps : «Ailleurs, bien loin d’ici ailleurs trop tard jamais ou dans l’éternité» (vers 12).
  • La séparation du couple est suggérée par le chiasme : «je /tu; tu/Je au sein d’un parallélisme de construction. L’irréel du passé « j’eusse aimé »fait basculer l’amour dans l’impossible. Dans un cadre urbain, les destins se croisent. Les échanges sont placés sous le signe de l’éphémère et du non verbal. Au- delà du caractère anecdotique, le lecteur perçoit l’intention démonstrative et allégorique : la passante peut-être considérée comme une allégorie de la beauté, une allégorie de l’idéal.
  • Le poète construit le mythe d’un amour partagé : la réciprocité est soulignée au vers 14 par les parallélismes de construction.

Le récit de cette scène de rencontre apparaît assez conventionnel dans la mesure où celle-ci passe par le regard et l’éblouissement. Sans surprise le poète développe également un portrait mélioratif de la passante qui l’a bouleversée profondément. Pourtant le sonnet peut surprendre le lecteur par sa concision dense et sa portée. Le lecteur comprend qu’il s’agit d’une allégorie de l’inaccessible idéal: la passante incarne la beauté moderne. Ce thème classique rappelle les pétrarquistes du XVI ème siècle, à la lumière de Pierre de Ronsard.

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